Communauté usages, management, prospective... autour du digital. Publiée par M21.

Une intervention à la Journée mondiale de philosophie : Google et la crise du management

Je suis intervenu hier (18 novembre) à la journée mondiale de la philosophie sur le thème : Google peut-il aider à résoudre la crise du management? On trouvera ici le texte de mon intervention.

La vie à Google : points de vue internes

Reddit vient de publier une série de commentaires d'ingénieurs sur le vie chez Google. On n'y parle pas que nourriture. Passionnant!

Un excellent papier sur la protection des données privées

Redmondmag.com, un journal dédié au monde Microsoft vient de publier un excellent papier sur les questions de protection des données privées. Ce papier a des biais pro-Microsoft et plutôt anti-Google mais il a le grand avantage de décrire de manière très précise le type de données que ces grands acteurs collectent, comment ils les gèrent et les utilisent. Il en ressort qu'il s'agit essentiellement de données techniques, ce que l'on savait déjà, et que tout est fait pour établir un mur entre ces données techniques et les données personnelles qu'ils peuvent, par ailleurs, posséder, ce que l'on sait moins. Reste que l'on est amené à faire confiance en la bonne foi de ses acteurs et qu'il faudrait peut-être en venir à une forme de régulation ou de contrôle par une tierce partie du respect des règles qu'ils se donnent à eux-mêmes.

J'ajouterai qu'il y a dans ces débats sur la protection des données privées quelque chose d'un peu baroque : on s'en prend beaucoup à Google, un peu moins à Microsoft ou Apple, mais les mêmes qui critiquent ces entreprises pour leurs (prétendues? potentielles?) atteintes à leur droit à la "privacy" remplissent leurs pages Facebook d'informations on ne peut plus personnelles sans la moindre gêne.

Google à Budapest

Je viens de passer trois jours très actifs à Budapest à l'occasion de la sortie en hongrois, chez Typotex, de mon livre sur Google. Une occasion de revenir dans un pays dans lequel  je ne m'étais pas rendu depuis une trentaine d'années. La ville n'a pas beaucoup changé, les gens si. J'en ai rencontré beaucoup, des journalistes (quatre longues interviews à la radio de Budapest et dans trois quotidiens et magazines importants), des chefs d'entreprise (dans un club de chefs d'entreprise, des universitaires, des lecteurs (à l'occasion d'une table ronde dans la grande librairie de la ville). Plusieurs choses me'ont frappé :

- la très bonne connaissance des dossiers Google de la part des chefs d'entreprise rencontrés. L'un de ceux-ci avait même été invité par Google à Zurich pour faire une conférence,

- la qualité des compétences informatiques de plusieurs de mes interlocuteurs. Il est vrai que mon éditrice, spécialiste de la publication de livres scientifiques, était une spécialiste de TeX, le langage qu'avait inventé Donald Knuth pour typographier avec des ordinateurs les formules mathématiques et qu'elle m'a fait rencontrer des gens particulièrement brillants,

- les réticences que Google suscite : combien de fois m'a-t-on dit que Facebook attirait plus que lui? combien de fois a-t-on évoqué les questions de droits d'auteur et celles de protection des données privées, le tout, comme en France, dans un joyeux mélange. L'image de Google s'est manifestement détériorée en Europe à un point inquiétant et incompréhensible : pourquoi critiquer sans cesse une société qui nous donne tout ce qu'elle nous donne sans rien nous prendre? Cela relève presque de la psychanalyse,

- la différence entre les générations. La jeune génération des chefs d'entreprise est incontestablement plongée entièrement dans le bain international, elle parle un excellent anglais et  partage les valeurs de la mondialisation. La génération plus âgée, celle qui s'est réinventée au lendemain de la chute du mur, qui s'est lancée alors dans le business est plus partagée. Elle n'est pas convaincue que cette mondialisation sera forcément heureuse.

Apple, nouveau Microsoft

J'ai longtemps été un inconditionnel d'Apple, en fait, j'utilise des Mac depuis 1984 et n'ai jamais eu d'autre ordinateur, mais depuis quelques temps, la firme à la pomme me parait filer un très mauvais coton et emprunter de plus en plus les mauvaises manières de Microsoft. En voici un nouvel exemple : il s'agit du prix des livres électroniques. Ce sont deux extraits du blog d'un auteur qui va devoir augmenter le prix de ses livres pour satisfaire les exigences d'Apple :

"I was informed by my publisher this week that they would have to raise my e-book prices because they planned to sell them through the Apple iBooks store. How could this happen? A lot of my individual stories sell in the $1 to $3 range, which is well within the impulse purchase amount for many people. In this price range a 50-cent price difference may well be the difference between a purchase and a pass. Meanwhile, Apple is touting its new 'agency model,' whereby the publishers set the prices. However, it seems that Apple requires books sold in its iBook store have prices ending in .99 — nothing else."

"Furthermore, Apple requires that if you sell books through them that you absolutely cannot sell them for less through anyone else. To my understanding Amazon also requires this, so Apple and Amazon prices should be identical in the future, but Amazon doesn't force prices to end in .99. What this means is that an e-book that the author was quite happy to sell for $2.29 or $2.49 is now going to cost $2.99 from everybody. While that sounds like only a few extra cents, it adds up over time and can lead to resentment against authors for charging higher prices, even though they have little real control over pricing. I, for one, do not understand why Apple computers only understand numbers ending in .99, or just how Apple is making it better for the consumer this way." 

 Autrement dit : ce sera le prix unique du livre aux conditions d'Apple, si cela ne s'appelle pas abuser de sa position de monopole…

La question des droits d'auteur : des enjeux qui ne sont pas qu'économiques

La question des droits d'auteurs est certainement, avec la protection des données privées, ce qui gêne aujourd'hui le plus tant Google que les sociétés qui travaillent sur le net. Vu du coté des industries culturelles qui le défendent mordicus, le problème est simple : les auteurs et leurs éditeurs/producteurs… ont des droits de propriété sur les buiens culturels que les entreprises du web doivent respecter, ce qui en gros veut dire, qu'elles doivent passer à la caisse.

Du coté, des consommateurs, lecteurs, auditeurs, spectateurs, les positions sont également simples : les nouvelles technologies ont baissé considérablement les coûts de production et de diffusion des biens culturels, il est normal d'en profiter. Et si les industries culturelles ne le comprennent pas, le piratage ou ce qu'elles appellent ainsi est acceptable. Il l'est d'autant plus que les industries culturelles interdisent aujourd'hui en pratique l'accès à des millions de pages, d'images… qu'il n'est pas rentable, pour elles, de rééditer.

Si l'on entre un peu plus dans le détail, on s'aperçoit d'une autre dimension : la nature même de notre relation aux productions intellectuelles est en train de changer. La lecture, engagée dans le cadre d'un travail que je mène par ailleurs et qui n'a rien à voir avec les technologies nouvelles, d'un livre de philologie, Aristote, fondements pour une histoire de son évolution (Werner Jager, L'éclat, 1997), le montre pleinement. C'est un livre qui s'interroge sur les textes d'Aristote.  

On sait que certains ouvrages d'Aristote ont disparu, d'autres sont des notes prises par Aristote lui-même ou par ses étudiants. Werner Jager s'est exercé à reconstitué un des textes disparus d'Aristote : Le Protreptique. Et l'on découvre à sa lecture qu'on en retrouve des fragments dans d'autres textes, notamment dans un livre de Jamblique, un philosophe néo-platonicien, et dans un autre de Cicéron. Ces deux auteurs utilisent, pour écrire leur livre, une technique que nous connaissons bien : le copier-coller. Leurs livres ressemblent un peu à ces maisons construites avec les débris d'un chateau ou d'une église voisine. On trouve tout d'un coup dans un mur un moellon qui vient d'ailleurs, que l'on reconnaît assez facilement à ce qu'il porte une inscription, est d'une pierre d'une autre qualité, a été travaillé autrement…

Tout le travail du philologue est de reconstituer ces fragments, de les identifier mais aussi de les attribuer. Le livre de Jamblique mêle ainsi des textes d'Aristote, de Platon et de Porphyre, autre philosophe néo-platonicien. Jager décompose tout cela de manière très minutieuse, montre comment les liaisons maladroits entre deux textes son l'indice d'un emprunt, comment un style de raisonnement appartient à Aristote plutôt qu'à Platon… Il lui faut faire ce travail parce qu'à aucun moment Jamblique ne donne ses sources. Non qu'il les cache, ce n'est pas un contrefacteur, mais ce n'est pas nécessaire : ses lecteurs, tous savants, connaissent ces textes et sont capables d'en retrouver l'origine, un peu comme nous sommes capables de reconnaître dans un discours des emprunts à une chanson, un poème…

Les auteurs de l'antiquité n'avaient pas besoin de donner leurs sources parce qu'ils travaillaient sur un fonds commun relativement étroit que leurs lecteurs, tous savants, gardaient en mémoire. Grâce au livre et, aujourd'hui plus encore à l'informatique, nous avons "externalisé" notre mémoire. Nous n'apprenons plus par coeur des pages entières de texte, ils sont dans nos bibliothèques physiques ou virtuelles et cela nous suffit. Grâce à cela le nombre de textes disponibles a considérablement cru. Il y a infiniment plus de livres dans la bibliothèque de n'importe quel professeur d'aujourd'hui que dans celles des savants de l'antiquité. Et ces bibliothèques sont infiniment plus variées. Celle d'un jeune professeur ne ressemble pas à celle d'u (...)

ipad ou la privatisation de la censure

On ne parle actuellement que de l'ipad d'Apple. Les commentaires de la presse sont uniformément élogieux même si l'on devine, à lire certains papiers entre les lignes, que ce produit n'est pas sans faiblesses. Mais peu importe. On peut parier que tous les journaux vont se précipiter pour construire des applications qui leur permettront d'être lus dessus. Formidable. A ceci près que certaines informations gênent un peu. On sait qu'Apple exerce un contrôle très strict sur les applications disponibles et qu'il bloque les contenus pour adultes. Ce qui relève de la censure. Une censure qui peut avoir des effets insolites comme lorsqu'il conduit à bloquer une application qui parle de Moby Dick, le roman, parce qu'on y trouve le mot sperme (et pour cause, on appelle en anglais sperm whale les grandes baleines). Détail amusant? Sans doute. Mais comment ne pas s'inquiéter? Qui nous dit que demain Apple ne bloquera pas les applications qui critiquent trop vigoureusement ses produits? On sait que les producteurs d'applications doivent signer un accord avec Apple que l'Electronic frontier foundation vient de publier. On y découvre des clauses que l'on pourrait au mieux dire gênantes, comme celle-ci qui donne à Apple un droit de regard sur ce qui est publié avec les applications :

3.3.14 Applications may be rejected if they contain content or materials of any kind (text, graphics, images, photographs, sounds, etc.) that in Apple’s reasonable judgment may be found objectionable, for example, materials that may be considered obscene, pornographic, or defamatory. 

Cela s'appelle de la censure. Une censure privée et non plus, comme autrefois, aux mains d'institutions politiques que les citoyens contrôlent. Qui nous dit que les valeurs d'Apple sont partagées par la majorité? Ce qui est confirmé avec cette autre clause :

You understand and agree that Apple may, in its sole discretion: (a) determine that Your Application does not meet all or any part of the Documentation or Program Requirements then in effect; (b) reject Your Application for distribution for any reason, even if Your Application meets the Documentation and Program Requirements; or (c) select and digitally sign Your Application for distribution via the App Store.

Difficile de faire plus fermé et plus contrôlé. C'est un peu, toutes proportions gardées comme si Microsoft avait conservé un contrôle sur toutes les applications, tous les logiciels développés sur ses systèmes d'exploitation, ce qui lui aurait permis d'interdire le développement d'applications concurrentes des siennes. Mais le plus étrange et le plus contestable est certainement cette clause :

10.4 Press Releases and Other Publicity

You may not issue any press releases or make any other public statements regarding this Agreement, its terms and conditions, or the relationship of the parties without Apple’s express prior written approval, which may be withheld at Apple’s discretion. 

Cette clause est, disons le, proprement scandaleuse : elle interdit à ses partenaires de publier les accords qu'ils ont signé avec Apple : un journal pourrait, par exemple, avoir signé avec Apple un accord qui lui interdirait de publier des informations négatives sur Aple, ses produits ou ses dirigeants et ses lecteurs pourraient ne pas le savoir? 

Cette fermeture est bien dans la logique d'Apple qui a toujours fonctionné de cette manière, ce qui lui a d'ailleurs valu autrefois es déboires (combien  d'applications sur les Mac? combien sur les PC?). Il nous reste à attendre les tablettes ouvertes d'autres fournisseurs. 

Il faut défendre Google contre les éditeurs!


Gallimard vient donc, après plusieurs autres éditeurs, d'annoncer sa décision d'attaquer en justice Google. Je ne suis ni juriste ni spécialiste de ces questions, juste un auteur qui utilise régulièrement Googlebooks dans son travail, que ces attaques choquent formidablement.
 
Je sais bien qu'il est en France de bon ton de critiquer Google, nouveau Leviathan, mais comment oublier ce que GoogleBooks, que ces procédures judiciaires menacent, m'apporte chaque jour. Ce service gratuit et, faut-il le rappeler? sans publicité, c'est-à-dire sans revenus pour Google, me donne accès à des milliers d'ouvrages autrement inaccessibles dans plusieurs langues alors que ces éditeurs qui attaquent aujourd'hui Google conservent dans leurs caves des milliers d'ouvrages qu'ils ne rééditeront jamais, qui sont donc à ce titre pour toujours inaccessibles au commun des lecteurs. S'il s'agissait d'espèces en voie de disparition, on parlerait de génocide et des ONG se battraient pour leur protection. C'est la sauvegarde de ce patrimoine culturel qu'a entrepris Google que La Martinière, Gallimard et quelques autres menacent.
 
Beaucoup de ces ouvrages ainsi menacés sont anciens, mais pas tous. Je cherchais il y a quelques jours dans une grand librairie de Saint-Germain des Près, Ruines de Vienne, un roman de Judith Brouste publié il y a moins de deux mois chez Flammarion dont on m'avait (à juste titre) dit le plus grand bien. Il avait déjà disparu des rayons. Le libraire m'a bien évidemment proposé de le commander, mais qui peut s'en satisfaire? Le taux de rotation des livres dans les librairies est tel que la plupart s'évanouissent quelques semaines à peine après avoir été mis sur le marché.
 
On me dira qu'il faut protéger les auteurs, qu'ils ont besoin de gagner leur vie. Sans doute. Mais comment oublier que le droit de la propriété intellectuelle a une histoire? Roger Chartier et les historiens du livre nous ont montré combien la notion d'auteur est récente (son nom n'apparaissait pas sur les premiers livres imprimés) et tous les sociologues et théoriciens de la littérature savent combien elle a été, récemment attaquée tant par les marxistes à la Macherey que la par la sociologie américaine (je pense à Howard Becker qui montrait, dans Le monde des arts, combien une oeuvre était une production collective). Et tous les bibliophiles connaissent ces ouvrages des 17ème et 18ème siècles qui reprenaient sans citer leurs sources des textes pris à d'autres.
 
Un examen plus précis de ce qui se passe vraiment, montrerait à tous nos éditeurs en veine de chicane que jamais il n'a été plus facile, grâce justement à Google, de démasquer les imposteurs qui copient sans les citer d'autres auteurs. J'irai même plus loin : l'un des effets bénéfiques d'internet est d'inciter ceux qui écrivent à citer leurs sources de manière plus systématique, ce qui protège bien mieux la propriété intellectuelle des auteurs que tout autre mécanisme.
 
Quant à la dimension financière! Elle ne peut que faire sourire ces milliers d'auteurs dont les droits sont à ce point minuscules qu'ils leur permettent à peine d'inviter une fois par an leur famille au restaurant. Faut-il, pour protéger les revenus de quelques vedettes, priver l'ensemble du public d'ouvrages édités un jour et condamnés pour l'éternité à pourrir dans de lointains dépôts?
 
Plutôt que de s'en prendre à Google, le monde de l'édition devrait ouvrir les yeux. Pourquoi un lecteur qui, c'est mon cas, possède plusieurs milliers de livres et en achète plusieurs chaque semaine, fréquente-t-il presque tous les jours GoogleB (...)

Android, succès ou échec

On lit un peu tout sur les performances commerciales de l'offre de téléphonie de Google. Selon cet article, Google vendrait 60 000 téléphones par jour et saurait attirer les opérateurs téléphoniques en leur proposant de partager les revenus de la publicité sur la recherche. Peu de choses encore aujourd'hui mais qui pourrait demain devenir important.

Tout n'est pas perdu pour Google en Chine : Androïd persévère

Si le moteur de recherche de Google n'est plus persona grata en Chine, ce n'est pas semble-t-il le cas de tous les produits de la compagnie de Moutain View. Les trois principaux opérateurs téléphoniques chinois, China Mobiel, China unicom et China Telecom vont, d'après le magazine chinois digitime continuer de développer des produits pour Android, ils se contenteront simplement de désactiver la fonction recherche sur Google. Je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne nouvelle pour Apple ou Microsoft qui ont des systèmes concurrents. 

Google et la RSE, suite

Je voudrais signaler cet article publié dans le Wahington Post qui donne quelques réactions sur la position de Google en Chine. 

On Leadership: Views on Google's refusal to continue censorship in China

 

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Google, la responsabilité sociale des entreprises, suite…

D'après cet article du Monde, Google ferait exemple :


Des entreprises américaines prennent leurs distances avec la Chine
LEMONDE.FR avec AFP | 26.03.10 | 11h40


ans le sillage de Google, deux entreprises américaines du secteur des nouvelles technologies sont sur le point de prendre leurs distances avec la Chine. Godaddy, l'un des plus importants vendeurs de noms de domaine, a annoncé qu'il cesserait de proposer des noms de domaine en .cn, l'extension chinoise.

 

La décision de Godaddy n'est pas directement liée au conflit qui oppose Google et Pékin, mais aux nouvelles règles édictées par le gouvernement chinois pour la création de nouveaux sites. Dans le cadre de son programme de lutte contre la pornographie sur Internet, Pékin a en effet annoncé qu'il faudrait désormais faire physiquement la preuve de son identité pour enregistrer un site en .cn, en se présentant muni d'une pièce d'identité, et fournir une photo d'identité. Jusqu'ici, il était possible d'acheter un nom de domaine en déclarant en ligne son identité et en fournissant des coordonnées, comme c'est le cas pour la quasi-totalité des noms de domaine dans le monde. Pékin souhaite que ce contrôle soit rétroactif, c'est-à-dire que les propriétaires de noms de domaine déjà enregistrés fassent la preuve de leur identité.

"Notre décision n'a rien à voir avec celle de Google", a expliqué Christine Jones, conseillère juridique de l'entreprise, lors d'une audition devant une commission du Congrès américain."Nous avons simplement décidé que nous ne souhaitions pas être des agents de l'Etat chinois", a-t-elle expliqué.

Le fabriquant d'ordinateurs américain Dell envisagerait lui aussi de mettre fin à une large partie de son activité en Chine, d'après des informations du Hindustani Times. D'après le journal, le premier ministre indien, Manmohan Singh, aurait été informé que le groupe souhaitait transférer ses activités de construction d'ordinateurs "dans un environnement plus sûr", à savoir l'Inde. L'information n'a pas été confirmée par Dell, qui a connu une très forte croissance sur le marché chinois ces dernières années et a conclu plusieurs partenariats avec des administrations et entreprises chinoises.

 

Leibnitz a-t-il inventé l'hypertexte?

Pour un travail qui n'a que peu à voir avec Google, je suis amené à lire la Théodicée de Leibnitz, texte célèbre notamment pour sa thèse sur les mondes possibles qui fit rire Voltaire (le meilleur des mondes possibles) et inspira les spécialistes de la logique modale comme Saul Kripke. On y trouve un passage qui évoque étrangement les techniques de l'hypertexte et des liens sur internet : 

"Vous avez vu un nombre sur le front de Sextus cherchez dans ce Livre l'endroit qu il marque. Théodore le chercha et y trouva l'Histoire de Sextus plus ample que celle qu'il avoit vue en abrégé. Mettez le doigt sur la ligne qu'il vous plaira lui dit Pallas et vous verrez représenté effectivement dans tout son détail ce que la ligne marque en gros. Il obéit et il vit paraitre toutes les particularités d'une partie de la vie de ce Sextus." On dirait que Théodore se trouve devant son iphone. Sachant qu'Apple a entrepris de poursuivre en justice tous ceux qui utilisent les mêmes techniques de consultation du bout des doigts, voilà de quoi lui rabattre le caquet.

Pour ceux que cela intéresse, ce passage est page 161-162 de l'édition que nous donne Google books. 

Google réinvente la responsabilité sociale en quittant la Chine

Google a donc décidé de rediriger vers Hong-Kong où ses serveurs ne sont pas censurés, les recherches réalisées en Chine. Cette décision exceptionnelle (combien d'entreprises ont refusé de travailler dans des Etats totalitaires?) est d'autant plus remarquable que tout un chacun s'accorde à dire que la Chine est la puissance de demain, qu'il est indispensable d'y être présent et que Google avait réussi à y acquérir une part de marché non négligeable.

Dans une précédente contribution sur ce blog j'ai expliqué que cette décision, si elle coûte cher à Google, peut aussi lui rapporter gros en terme d'image, ce qui est loin d'être négligeable dans une industrie basée sur la confiance, mais on peut pousser l'analyse plus loin dans deux directions :

- celle de la liberté d'informer : Google est l'avant-garde d'un mouvement pour la libération de l'information, mouvement qui passe par la lutte contre la censure mais aussi par une révision des réglementations sur le droit d'auteur ;

- celle de la responsabilité sociale des entreprises.

On sait que ce thème agite beaucoup les milieux académiques et les grandes entreprises depuis quelques années. Les spécialistes de ces questions s'interrogent sur les obligations des entreprises à l'égard de ce que l'on appelle les parties prenantes (clients, fournisseurs, salariés…) et à l'égard de l'environnement. La décision de Google va élargir le champ de la RSE à la société civile. Sa décision montre que des entreprises socialement responsables ont aussi l'obligation de revoir leurs politiques à l'égard des pays totalitaires qui ne respectent pas un certain nombre de valeurs. On se souvient combien Total a été critiqué pour l'utilisation de travail forcé en Birmanie. Google montre qu'il est des circonstances dans lesquelles une entreprise doit savoir se retirer, fut-ce au prix d'une perte de chiffre d'affaires. On peut parier que son exemple sera souvent cité dans les années qui viennent par les ONG qui se battent pour les droits de l'homme.

Une analyse de Google par Google pour les SEO

Google a la réputation, justifiée, de se méfier de tous ceux qui ont fait profession d'optimiser leurs sites pour les moteurs de recherche (les fameux SEO qui vendent des prestations pour aider leurs clients à mettre leurs sites en première page de ses réponses). Et pour de bonnes raisons, puisque c'est là que l'on trouve tous ceux qui veulent veulent battre les moteurs de recherche à leur propre jeu. Or, il vient de publier un rapport très épais, très détaillé, très technique sur ses propres sites. Rapport qui montre que sur de nombreux points il pourrait faire mieux. Cette publication, un mois seulement après sa réalisation, peut surprendre dans la mesure où il apparait que les produits de Google sont perfectibles. Il est rare qu'une entreprise publie ce genre d'informations. Mais la lecture des commentaires des internautes qui ont regardé ce document éclairent sur l'objectif. La plupart sont des spécialistes de l'optimisation qui voient dans ce document un modèle de ce qu'il faut faire pour optimiser un site. C'est au fond un manuel pour SEO que Google vient de publier, ou, si l'on préfère, un cahier de bonnes pratiques que la plupart vont rapidement se mettre à copier et que leurs clients vont demander. C'est, d'une certaine manière, une façon de moraliser/professionnaliser/normaliser les méthodes. 

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