Communauté usages, management, prospective... autour du digital. Publiée par M21.

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Consommer ne suffit plus pour donner du sens, participer est devenu une exigence !

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A l'année prochaine. Et ne regrettez rien car si l'aventure est dangereuse, l'ennui est mortel*

Je vous remercie pour votre appréciation de mes opinions, idées et écrits et vous donne rendez-vous l'année prochaine.

Je vous souhaite un joyeux noël (je sais ce n'est plus très politcally correct) et d'excellentes fêtes de nouvel an. Plus correct eut été : je vous souhaite d'excellentes fêtes de fin d'année mais que de fatigue et d'hypocrisie avec le politically correct.
A propos : bonne nouvelle, les jeux électroniques faibliraient au profit du retour des jeux de société ? Serait-ce possible que les enfants ne jouent plus seuls en regardant leurs regardant leur écran mais avec leurs parents en partageant un bon moment en famille  ?

Soyons fou et optimiste à l'aube de cette nouvelle année qui nous promet dans le désordre :

- le retour du franc : je n'en crois rien mais qui sait,

- l'achat de 150 fusils à pompe par la police française : c'est vrai et je l'ai lu dans un journal de référence. C'est pour lutter contre les bandits qui utilisent des kalachnikov. Souhaitons que ces derniers ne montent pas en gamme !

- ue table ronde des dirigeants français pour résoudre notre crise financière : Daniel Cohn-Bendit a raison de laproposer, 

-  la poursuite de la désaffection des hypermarchés et la hausse de nouvelles formes de commerce de proximité,

Et plein de bonnes idées que vous ne manquerez pas d'avoir pour vous et vos proches.

A l'année prochaine. 

* : j'ai emprunté cette citation à Paulo Coehlo, " si vous pensez que l'aventure est dangereuse, essayez la routine elle est mortelle".

Réseaux sociaux et Organisation : une même exigence depuis l'Ancien Régime

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Dans Le Monde de l'Economie daté de ce mardi deux informations complémentaires à trois siècles d'écart.

Dans La Banqueroute de l’Etat royal avant la révolution française l'historienne suggère que "l'Etat a vacillé à cause d'une organisation obsolète". La France de l'Ancien régime avait de nombreux outils de gestion depuis Colbert mais "le manque de contrôle de l'Administration sur elle-même est la faiblesse majeure de l'Etat Royal. 

Dans un intéressant article sur les réseaux sociaux, le Président de la Poste tire la conviction de son expérience que "pour transformer l'entreprise la révolution numérique doit être combinée à à la transformation en profondeur des relations internes et notamment de la culture managériale".

Depuis l'Ancien Régime la constance est la même : la qualité de l'organisation humaine est clé et croire aujourd'hui que les réseaux sociaux, en tant que tels, vont modifier la qualité relationnelle avec son consommateur est un leurre.

C'est l'organisation qui commande l'amélioration de la relation avec ses clients et le choix de  la méthode adaptée est une conséquence, non une raison d'être. Cela vaut pour les réseaux sociaux (dont d'aucuns percoivent déjà les limites) comme pour toute nouvelle approche à venir.

 

 

Gestion des comités d'entreprise, faiblesse des PME françaises et déclin des syndicats : pour une proposition iconoclaste ?

La présomption de fraude au comité d'entreprise de la RATP est une nouvelle contribution à une particularité française : le Comité d'Entreprise et sa face cachée : les fraudes qui y sont attachées.

Crée après la seconde guerre mondiale pour toute entreprise supérieure à 50 salariés et abondé par l'entreprise (1% de la masse salariale sauf à EDF, 1% du CA ce qui explique que le CE ait son propre CE) le comité d'entreprise a toujours eu très mauvaise presse parmi les dirigeants de PME. On ne compte pas le nombre de dirigeants adoptant une politique malthusienne pour ne pas grandir plutôt que passer les fameux seuils de 10 salariés (nomination d'un délégué du personnel) puis de 50 salariés.

Une question iconoclaste : pourquoi ne pas réfléchir à une hausse conséquente du seuil des CE, les entreprise de plus de 500 à mille salariés par exemple afin que les structures d'accompagnement, une direction des ressources humaines professionnalisée, soit l'interlocutrice du Comité d'Entreprise plutôt qu'un dirgeant esseulé et débordé dans une structure de 50 personnes ?

Cette évolution faciliterait la professionnalisation de l'intervention syndicale dans les entreprises à partir de 50/100 salariés et ainsi pourrait remédier à trois travers :

1. L'absence de professionalisme des gestionnaires de CE,

2. Le refus de la croissance de la part de dirigeants d'entreprise,

3. La faible représentativité syndicale et la forte tension qui règne dans les conflits du travail : les syndicats interviennent souvent trop tard. 

En allouant les sommes dédiées aux CE, pour partie aux salariés sous forme de hausse de salaire et aux syndicats sous forme de contribution obligatoire la mesure permettrait d'assouplir des relations souvent tendues et d'augmenter les salaires. A discuter ?

La démarche participative est plus tardive dans les Institutions que dans les entreprises

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Il faut saluer l'initiative de la Commission européenne de vouloir associer les citoyens à une prise de décision : ici la gestion des voyages en Europe.

J'ai toujours été frappé de constater que si la démarche participative était relativement bien comprise et acceptée dans les entreprises il n'en va pas de même dans les institutions. Si le Président Obama fut élu avec une forte implication des réseaux sociaux il semble qu'il les abandonna aussi tôt après son élection. 

 Les Institutions doivent mettre à profit ses nouveaux outils pour concilier démocrative représentative au moment des votes et démocratie participative dans la prise des décisions et plus encore dans leurs applications.

Capture d’écran 2011-12-07 à 15.22.36Quel dommage que la SNCF, si participative, pour nous vendre ses billets ne le fût pas pour nous expliquer ses changements d'horaires qui sont imposés comme l'atteste toujours la saisie de la page concernée ce 7 décembre sur le site de la SNCF.

Ce décalage entre partipation incitative pour vendre et participation seulement défensive, je nomme un médiateur, illustre le chemin qui reste à parcourir pour faire de la démarche participative la norme de la relation avec ses parties prenantes.

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La pratique du marketing et les préjugés

Il serait de faux de croire que les praticiens du marketing ne succombent pas aux préjugés comme d'autres catégories de population. Ma référence est ici le groupe de policiers d'interventions en région parisienne avec cette donnée édifiante :

"80% des policiers travaillant en banlieue sont nés dans des zones rurales et dans des petites et moyennes villes de province. Autrement dit, 80% n'ont pas d'expérience du milieu urbain, des grandes agglomérations. Or, la première affectation des jeunes recrues qui sortent de l'école nationale de police est dans les banlieues, car ces postes ne sont pas très prisés".

Et si nous disions que dans le marketing "80% des professionnels sont issus des classes moyennes et supérieures et qu'ils ont suivi des études dans des écoles qui reproduisent les mêmes comportements de classe".
Ce chiffre est toujours valable et évolue peu pour les grandes écoles de commerce : ne soyons pas surpris que 80% des lancements de nouveaux produits soient des échecs au bout d'un an.

Ils sont lancés par des personnes qui ne connaissent pas leurs consommateurs, hormis à travers les études de marché et qui n'ont aucune idée de la "vraie vie" en dehors des quartiers prisés et des belles banlieues des zones urbaines.

Policiers d'intervention et praticiens du marketing : même réflexe de classe (caste ?). Mon propos est de montrer combien la réalité des organisations est plus prégnante que les grandes envolées ou déclarations de dirigeants : les études et les origines déterminent pour beaucoup les comportements d'adultes.

 

Autolib est une fausse bonne idée : ni les entreprises ni les écologistes approuvent !

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Une constante humaine est de copier ce qui fonctionne mais sommes nous sûrs que l'approche efficiente pour les vélos fonctionnera pour l'automobile.

Lancé ce lundi 5 décembre AUTOLIB connaît deux critiques qui me paraissent justes : 

1. Une critique des écologistes parisiens qui préfèrent favoriser les approches participatives de partage non pas de voiture mais d'une place dans une voiture qui roule. C'est autre chose car l'approche fonctionnaliste est ici prédominante.

2. Les entreprises de louage professionnels critiquent une approche publique qui favorise une approche "d'en haut" alors qu'ils mettent à disposition des consommateurs leur parc automobile dans des conditions économique aussi favorables, selon eux.

Une nouvelle fois une approche publique vient taire deux projets intéressants, fonctionnaliste (le partage automobile grâce à Internet) et entrepreneuriale (le louage professionnel qui ne cesse de se développer).

Est-ce le rôle d'une municipalité qui a augmenté ces impôts entre 2001 et 2011 : de 70% pour le foncier et de 45% pour la taxe d'habitation (je l'ai calculée hors l'incidence de la redevance audiovisuelle). 

C'est un détail mais je félicite les promoteurs d'Autolib : ils utilisent le nom de domaine européen, .eu. C'est encore trop rare pour ne pas être souligné, vanté et encouragé.

Il est bon de pouvoir encore crier "Vive l'Europe" quand certains en appellent à Munich : à croire qu'ils aient oublié l'histoire, ou ils sont vraiment de trop mauvaise foi.

 

 

 

L'Espagne et les jeux d'échelle : une contribution historique au désenchantement

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Pas une journée sans que nous découvrions une Espagne, qui désenchantée, qui indignée, qui précaire, qui affaiblie.

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Il est judicieux de passer ces ressentis au tamis de l'idée de jeux d'échelle développés par les historiens.

Regarder l'évolution de l'Espagne sur un temps plus long :

- une révolution industrielle tardive

- un régime politique fasciste jusqu'en 1976 (seulement 45 ans)

- une rapide entrée dans l'Union européenne en 1986.

Et enfin un changement économique majeur avec un enrichissement largement partagé par l'ensemble de la population. Certes cet enrichissement aussi rapide fût, à la fin, à crédit mais l'Espagne est aujourd 'hui un grand d'Europe. Le pays avait tant tardé pour y parvenir que les quelques années d'ajustement promises sont rien par rapport aux si nombreuses années de retard accumulées à la mort de Franco. 

Les gestionnaires auraient intérêt à intégrer dans leur réflexion l'apport de la dynamique des jeux d'échelle.

 

Les étudiants de plus de 35 ans sont des étudiants à part entière

L'idée de la formation tout au long de la vie a été justement promue par un rapport dirigé par le journaliste Jean Boissonnat il y a déjà une vingtaine d'années.

Quel dommage de constater que pour des institutions nationales, et non des moindres, la BNF, étudier s'arrête à 35 ans !

Il est juste aujourd'hui de s'inquiéter pour la jeunesse mais plutôt que jouer sur la différence : les jeunes au PS, les retraités à l'UMP, il est plus intelligent de voir ce qui rassemble plutôt que ce qui sépare.

Mais ce souci de la distinction n'est-il pas un vieux trait de caractère, bien aristocratique, de la société française ?

Hier les âges différenciés entre retraites entre public et privé, dernièrement les jours de carence comme si être malade dépendait de votre régime social, ou encore comme ci-dessous le statut, l'appartenance à tel ou tel organisme pour accéder à un tarif privilégié.

Cette folie de la différence ne nous est pas propre : un article récemment paru dans le Ial Herald Tribune faisait la même analyse à propos des procédés d'accès à bord des avions aux Etats-Unis. Avec une carte de fidélité vous êtes bien traités, sans vous appartenez à la plèbe.

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Finalement est-ce que la consommation ne s'inscrit pas dans la reproduction de comportements aristocratiques, quel constat d'échec pour deux pays qui se prétendent aussi égalitaires que la France et les Etats-Unis. 

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1 et 2 et 3, ... Zéro : le résultat de trois appels d'offres perdus à l'étranger par les entreprises françaises

décembre 2009

1-0 : Le pôle nucléaire perd aux Emirats Arabes Unis la construction de centrales nucléaires.

Perte du contrat estimé : 40 milliards de dollars en deux tranches. (30 milliards d'euros)

octobre 2011

2 - 0 : Le pôle ferroviaire perd en Arabie Saoudite la construction de la première ligne à haute vitesse du Royaume.

Perte du contrat estimé : 6,7 milliards d'euros.

novembre 2011

3  - 0 : Le pôle aéronautique constitué autour de Dassault perd le renouvellement de la flotte des Emirats Arabes Unis.

Perte du contrat estimé : 10 milliards d'euros.

La somme totale des pertes est de 46,7 milliards d'euros et si l'on estime que dans l'industrie un employé réalise un million de chiffre d'affaires par an cela fait l'équivalent de 46.000 emplois soit, sur cinq ans, durée prévisible des contrats : 9.000 emplois/an.

Belle performance et quels enseignements en tirer ?

Les entreprises françaises concernées, édifiées du temps de la grandeur du Général de Gaulle et des champions nationaux n'ont pas appris à travailler collectif ou en équipe. 

Leur approche marketing semble inadaptée à l'heure des méthodes coopératives et systémiques.

Je reviendrai sur la pertinence du marketing de système appliqué aux grands contrats.

 

 

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Le marketing de la gratuité n’est pas un marketing gratuit

« Le moteur de recherche a mis au point un algorithme capable d’identifier parmi ses 20.000 employés ceux qui sont susceptibles de démissionner car ils s’estiment sous-utilisés. L’étude d’éléments anciens tels que la rémunération ou l’ancienneté ce logiciel doit permettre de mieux gérer le personnel. Il s’agit de « pénétrer dans l’esprit » des employés reconnaît le directeur du personnel afin de se donner les moyens de mieux retenir les talents[1]».

L’utilisation croissante du site génère une demande qui se nourrit d’elle-même en même temps qu’elle est adroitement entretenue par Google. Le moteur de recherche étend son offre pour continuer à attirer de nouveaux utilisateurs vers des services peu ou mal fournis jusqu’à présent. Un nombre croissant de services hier payants sont dorénavant mis à disposition des utilisateurs de manière gratuite : la musique (téléchargement illégal), la téléphonie (skype), les logiciels de traitement de données (Google Documents), l’hébergement de bibliothèques de photos personnalisées (Picabia), de services de cartographie et de déplacement (googlemap), ect…..

Toujours gratuit, l’enrichissement de l’offre de Google n’est pas pour autant gratuite : l’objectif est la poursuite du cercle vertueux qui lie la hausse du trafic donc de l’attractivité publicitaire et le tarif exigé à des propositions nouvelles au coût marginal inférieure à la marge escomptée compte-tenu de la hausse du trafic lié à l’innovation proposée.

Google réalise déjà une marge opérationnelle de 60% et il apparaît dorénavant que sa principale menace ne provient plus d’une concurrence affaiblie mais d’une régulation étatique eu égard à une domination trop importante sur différents marchés (numérisation des journaux et des livres[2], conservation et exploitation à des fins commerciales des parcours des internautes). « Big Brother is watching you » : les pouvoirs publics ne pourront donc pas faire l’économie d’un débat public sur la finalité de ce marketing personnalisé et gratuit. Il est légitime de craindre que la contrepartie exigée à la gratuité soit toujours plus de disponibilité de la part des individus sous la forme d’un accès autorisé à leurs informations les plus personnelles.

Le marketing de la gratuité ne représente absolument pas l’absolu du marketing comme d’aucuns ont pu le croire. Cette démarche est plutôt le résultat d’une stratégie délibérée. Son objectif est la conquête la plus rapide d’un nombre suffisamment élevé de consommateurs grâce à l’effet de réseau. Une fois la part de marché élevée atteinte, son entretien représente un coût marginal très faible eu égard à l’emploi de la technologie numérique.

Cette gratuité, une fois reconnue et admise par les utilisateurs, encourage alors les entreprises à se concentrer sur son efficacité, c’est à dire à apporter le service effectivement attendu par les individus c’est à dire un panier d’offre le plus large possible pour fidéliser l’internaute.

Depuis 1995, les innovations technologiques se succèdent à un rythme effréné mais les règles de fonctionnement du marketing restent relativement stables. En ira-t-il de même avec la consécration des réseaux sociaux en ligne ? C’était la question que se posaient tous les praticiens et universitaires du marketing quand apparurent ces nouveaux sites communautaires.

[1] Scott Morrison, « Google Searches for Staffing Answers », The Wall Street Journal, 19 mai 2009.

[2] Les récents procès, gagné en France (18 décembre 2009) et en cours en Chine, laissent supposer que Google va être prochainement confronté à un problème croissant d’acceptabili (...)

La notion de segmentation fut poussée à l’extrême par Google

« La création des mots clés Adwords est l’innovation majeure qui étend au champ de l‘économie la portée de l’innovation technique du moteur : elle associe la requête non plus à un support informationnel (…) mais à une requête spécifique du consommateur[1]».

La commercialisation des espaces publicitaires sur les différents médias était toujours contrainte par les modèles d’audience élaborés dans les années 1930. Ces critères utilisés pour calculer le prix de vente de la publicité à la radio et à la télévision avaient peu évolué depuis l’origine. Les chaines de radio et de télévision continuaient à vendre une probabilité d’adéquation entre une audience prévisible mais jamais certaine et un message publicitaire conçu et produit bien à l’avance.

Google a changé radicalement cette équation en permettant d’identifier précisément un des paramètres. L’audience estimée est remplacée par des individus effectivement comptés et qui sont sollicités par des messages en rapport avec leurs recherches ou leur courrier en ligne. L’autre paramètre, le message publicitaire, n’est plus figé à l’avance mais il peut être adapté de manière beaucoup plus réactive en modifiant les mots-clés achetés au fur et à mesure des réactions plus ou moins positives qu’ils suscitent chez les internautes.

La force de Google est d’offrir aux annonceurs une audience ciblée à un coût maîtrisé. Google permet aussi à des dizaines de millions de petits annonceurs d’accéder au marché publicitaire pour leur permettre de faire croître leur activité.

Le succès de la publicité contextuelle proposée par Google repose aussi, comme pour ebay, sur le degré d’expertise des internautes. Ils sont disposés à faire confiance à des structures inconnues, un petit hôtel sur une île indonésienne pour des vacances ou un agriculteur du sud de l’Italie pour un achat direct d’huile d’olive.

[1] Olivier Bomsel, Gratuit, op.cit, p.247.

La presse joue bien un rôle fondateur dans la diffusion de la nouveauté

«  Admettre que du point de vue de la liberté et de la démocratie, un accès direct à l’information, autant pour la fourniture que l’utilisation, sans contrôle, sans intermédiaire, ne constitue pas un progrès pour la démocratie mais au contraire une régression et une menace. Il n’y a pas de rapport entre accès direct et démocratie. La démocratie est au contraire liée à l’existence d’intermédiaires de qualité[1]».

 Les nouvelles industries technologiques étaient à priori les plus éloignées des modèles traditionnels de l’industrie. Elles utilisèrent pourtant les mêmes modes d’action pour se lancer sur le marché. La presse spécialisée joua un rôle central dans l’introduction des nouveaux produits et services liés à l’économie d’Internet. Cette presse reproduisait en 1995 des méthodes employées plutôt. Successivement, les journaux automobiles du début du XXe siècle en France, la presse féminine dans l’entre deux guerre à Paris et à New York ou encore la presse pour les adolescents dans les années 1960, toutes avaient joué un rôle majeur dans le décollage de la nouvelle industrie phare de la période concernée.

Ce n’est pas un hasard si, La Longue Traîne, un des ouvrages les plus remarqués fut écrit par Chris Anderson le rédacteur en chef de Wired, la revue emblématique de cette période et le titre de son livre, reprenait celui d’un article paru initialement et qui avait été très apprécié. La méthode n’est pas nouvelle et elle reprend la formule ancienne de la revue universitaire ou littéraire dans laquelle l’auteur publie un court essai ou une brève nouvelle et qui sera amené à être prolongé en livre s’il est apprécié par les lecteurs, souvent des professionnels de l’édition ou des universitaires.

Cet enchaînement vertueux n’avait pas été mis à mal, mais seulement transformé par l’irruption des nouveaux médias audio-visuels. Les éditeurs ont appris à travailler avec la télévision en privilégiant les livres à fort rendement (les best-sellers) car un passage dans une émission de télévision garantit des ventes élevées aux ouvrages relativement consensuels au risque de gommer les créations les plus inattendues

Toutefois il sera reproché à Google de ne pas rendre à la presse le service que cette dernière lui avait rendu pour populariser son nouveau service. Au contraire c’est bien la presse écrite qui sera la plus mise à mal par l’innovation majeure de Google en matière publicitaire en drainant les revenus qui lui étaient hier destinés.

[1] Ibid, p. 114

Le groupe démographique dominant contribue au succès initial de Google

« La créativité humaine est la ressource économique la plus importante actuellement… En 1900, 10% des américains pouvaient être considérés comme des créatifs, … 20% en 1980, 25 – 30% des européens dans les pays les plus avancés du vieux continent, … et aux Etats-Unis la moitié des revenus proviendraient de cette classe créative[1]».

L’auteur, Richard Florida, s’est inspiré de l’historien Alfred Chandler pour proposer à son tour ses 3T, Talent, Technologie et Tolérance qui seraient, à l’ère numérique, les facteurs du succès comme le furent, à partir de 1850 aux Etats-Unis, les constituants des réseaux de l’époque, les 3 T : le Train, le Télégraphe et le Téléphone. L’économiste voit cette nouvelle classe la détentrice des pouvoirs économique et politique futurs, comme purent l’être les détenteurs des réseaux physiques au XIXe siècle.

Dès leur origine les fondateurs de Google bénéficièrent de l’appui de leur communauté d’origine, les universitaires scientifiques. Le médiateur le plus efficace pour les atteindre était l’organisme de recherche la « National Science Foundation  » qui participa justement au financement de Google. La présence de l’institution la plus prestigieuse de la communauté scientifique aida alors les fondateurs dans l’édification d’une réelle crédibilité auprès des utilisateurs potentiellement les plus exigeants en matière de recherche d’information, les chercheurs universitaires.

Une nouvelle fois se vérifia la règle qui veut que le lancement réussi d’une nouveauté s’appuie toujours sur un groupe homogène de prescripteurs (« les early adopters »). L’histoire économique depuis les débuts du marketing de masse a montré que le secteur industriel qui connaît la croissance la plus forte s’appuie naturellement sur le groupe démographique dominant au sein duquel un groupe particulier soutient l’innovation nouveauté quand bien même celui-ci ne serait pas le plus nombreux.  Le lancement de l’automobile en France avait par exemple été encouragé et soutenu par le versant le plus moderne de la bourgeoisie parisienne et le renouveau de l’industrie du luxe doit beaucoup aux nouveaux « yuppies », riches et branchés des grands centres urbains du monde développé et le plus souvent là où les nouveaux marchés financiers bénéficiaient d’une forte croissance (New York Paris, Londres, Milan Hong Kong).

Une autre règle intangible du marketing était confirmée par Google. En cherchant le soutien du sous-groupe le plus exigeant car le plus connaisseur (les chercheurs) au sein du groupe de la classe créative, Google et au-delà les industries de l’Internet s’assuraient naturellement une bienveillance[2] mais surtout les retours d’expérience les plus pertinents.

La communauté scientifique, à l’origine du succès de Google, représente une part importante de la nouvelle classe créative : les universitaires, les ingénieurs, les professions libérales, les artistes. Selon Richard Florida cette population se distinguerait des ouvriers qui auraient pour tâche d’exécuter et aux cols blancs qui auraient pour tâche d’administrer.

Cette nouvelle classe créative vit le plus souvent dans les grands centres urbains où elle exerce une influence importante, à la recherche d’activités culturelles et sociales. Paradoxalement, alors qu’ils se considèrent plutôt comme des personnes tolérantes et ouvertes, le mode de vie et de travail de cette nouvelle classe renforcerait la ségrégation socio-territoriale comme cela avait déjà été reproché pour la classe moyenne en 1963 par Betty Friedan (lire chapitre VIII, 2°§) .

Le lien entre territoire et développement d’une certaine forme de vie en société est à nouveau illustré par cette nouvelle classe dominante, la classe créative. La répétition de constats qui valent pour le mode de vie géographique est aussi vrai (...)

Google, une destinée unique obtenue avec des méthodes relativement traditionnelles

« Google pour grandir a eu recours jusqu’ici à trois méthodes qui lui sont antérieures : la pratique de « l’innovation intensive » (…), la recherche systématique des économies de synergie (….), l’utilisation des économies de réseau mises en évidence par les historiens ( …) à propos des chemins de fer, de l’énergie et des télécommunications[1]».

Les sources mentionnées par l’historien Patrick Fridenson plongent dans les débuts de la seconde révolution industrielle (chemins de fer et énergie), de la grande entreprise (recherche des synergies issues de la production de masse) et enfin de la consommation de masse (l’innovation intensive nécessaire pour se démarquer sur un marché rapidement saturé de produits banalisés). Il est notable de constater que ces trois exemples remontent à 150 ans (les chemins de fer), à 80-90 ans (les débuts de la grande entreprise dans les années 1920) et enfin à 70 ans (la consommation de masse et l’exigence d’innovation intensive).  

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale et les débuts de l’informatique, le coût des machines utilisées (le hardware) n’a cessé de baisser au profit des logiciels (le software) qui servent à les faire fonctionner. Après le succès de Microsoft et l’invention de son système d’exploitation présent dans plus de 90% des PC de la planète, la formule mathématique à l’origine de Google est une contribution supplémentaire à la place centrale du logiciel, c’est à dire un élément de l’économie de la connaissance par rapport au produit industriel qui fut fondateur dans l’édification de la société de consommation à compter du début du XXe siècle.

Le succès économique d’un nouveau secteur industriel (ici le gratuit) est possible grâce à sa validation par un groupe d’individus jusqu’à présent moins visible dans une société de la distinction que dans une nouvelle société à nouveau démocratique. Le fait que l’exceptionnelle réussite de Google ait été possible grâce au soutien initial d’une classe sociale particulière conforte l’analyse de Thorstein Veblen sur le lien entre succès économique et domination d’une classe sociale. 

La nouvelle classe sociale dominante est devenue non plus possédante mais « créative » pour reprendre le titre d’un livre qui lui est consacrée[2].

[1] Patrick Fridenson, « Google, une entreprise de sélection », Entreprises et Histoire, N°46, 2006, p.48.

[2] Richard Florida, The Rise of the Creative Class, New York, Perseus Books Group, 2002.

1998 - 2003 : LE MARKETING DE LA GRATUITE

« Jamais la gratuité n’a été aussi présente, vantée et disputée qu’à l’ère numérique. Ce phénomène historique et économique singulier (…) consiste avant tout dans les «  effets de réseau «  : grâce à l’extension du champ du codage binaire, les innovations numériques (...) voient leur utilité croître avec le nombre d’utilisateurs[1]».

Le lancement du site de recherche d’informations, Google, en 1998 applique le principe de l’effet de réseau avec une efficacité maximale. L’objectif est de capter de manière cumulative le maximum d’utilisateurs lesquels attirent logiquement un nombre élevé d’annonceurs publicitaires lesquels financeront le développement de l’entreprise elle-même. Google employait la même arme magique que les médias qui le précédèrent dans la captation des publics : la gratuité soit l’accès à un nombre croissant de services hier onéreux. La gratuité initiée par Google prolongeait un système mis en place aux Etats-Unis dès les années 1920 par les industriels de la radio puis dans les années 1930 pour la télévision.

La gratuité affichée avait bien une contrepartie monétaire : le financement par la publicité et notamment par des annonceurs petits ou moyens qui n’utilisaient pas les médias de masse en raison d’un effet doublement négatif, un coût trop élevé et une déperdition trop grande de leur investissement.

La récurrence des méthodes utilisées par l’entreprise la plus marquante des dix dernières années, Google, affirme aussi, en creux, la solidité de la discipline du marketing. Ses principales règles de fonctionnement sont toujours efficaces pour décrire les évolutions les plus actuelles.

[1] Olivier Bomsel, Gratuit, op.cit, page de couverture.

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