En préface à la
conférence que je donne la semaine prochaine à Montréal pour Infopresse, un journaliste de La Presse de Montréal m'interviewe longuement au téléphone. Il ne souhaite pas parler du management de l'innovation, thème de mon intervention de mercredi prochain, mais de la dimension culturelle de Google. Pourquoi pas? Ce journaliste connaît bien le monde de la musique et son économie, la discussion est intéressante. Il ne croit pas que le modèle spectacle vivant + internet puisse, comme je le crois, se substituer au modèle actuel pour les musiques populaires.
Il apparaît vite que ce thème ne se limite pas à la question de la rémunération des droits d'auteur à laquelle on voudrait trop souvent le réduire (faut-il le rappeler : la grande majorité des artistes, des écrivains ne gagne pas sa vie en vendant leurs oeuvres et pourtant ils continuent). D'autres dimensions devraient être développées :
- Google (et quelques autres) nous ont révélé que nous vivions sur un continent enfoui de biens culturels dont nous n'avions même pas idée : tout ce qui est dans les bibliothèques et qui nous est en pratique inaccessible,
- les droits d'auteur et tous les systèmes qui visent à protéger auteurs et éditeurs nous privent de biens culturels, les rendent inaccessibles : où trouver les livres épuisés, les disques ou films que leurs producteurs ne veulent pas rééditer?
- internet renforce la domination de la culture anglo-saxonne, comme on le voit lorsque l'on compare les citations de Shakespeare 58 millions de citations) et celles d'autres grands auteurs classiques (Molière (603 000 citations), Goethe, Dante…) et menace de créer de véritables zones d'ombre culturelle ;
- les moteurs de recherche modifient la hiérarchie des productions intellectuelles et donnent l'avantage à celles qui sont directement disponibles sur celles qui ne le sont pas, parce qu'elles sont payantes. Ce que l'on observe dans la littérature scientifique : la littérature grise, les working papers qui n'ont pas encore fait l'objet d'un contrôle fin par les pairs prennent l'avantage sur les papiers publiés dans les revues savantes.
A suivre…
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