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Suites bureautiques en ligne. Quel avenir?

La suite bureautique de Google (et toutes celles similaires) pose de nombreuses questions.

Première de ces questions : est-elle vraiment utilisée? a-t-elle du succès? Les quelques enquêtes dont on dispose suggèrent que ce n'est pas le cas. Je pense, notamment, à l'étude de NPD réalisée auprès de 600 utilisateurs de PC. 73% n'avaient jamais entendu parler des suites bureautiques disponibles en ligne sur le net et seuls 0,5% e, utilisaient une régulièrement, un chiffre à rendre, d'après l'auteur de l'étude avec précaution tant il pourraitêtre surévalué.

Mais il s'agit de produits très récents et on ne peut exclure qu'ils connaissent une croissance rapide. Surtout s'ils bénéficient d'un effet réseau comme le suggère un autre analyste, Becky Bitzenhofer, dans son blog. Ayant reçu ces dernières semaines plusieurs invitations à consulter des documents créés sur Googledocs, il a voulu examiner de plus près le trafic de deux des outils de cette suite : son tableur et son traitement de texte. Et il découvre une croissance très rapide :

Croissance qui n'est pas seulement un effet de curiosité si l'on en croit un autre de ces graphes qui montre que les utilisateurs restent fidèles à ces produits qui ne sont pourtant pas, tout le monde en convient, du niveau de ceux de Microsoft.

Pourquoi donc cette croissance malgré ces faiblesses? Un autre bloggeur, Henry Blodget, a une réponse intéressante : si ces applications ont du succès, c'est qu'elles sont "disruptives", ce que l'on pourrait traduire par révolutionnaires, concept qu'il précise et définit ainsi : "Disruptive technologies do not destroy existing market leaders overnight. They do not get adopted by the entire market at the same time. They do not initially seem to be "better" products (in fact, in the early going, they are often distinctly "worse.") They are not initially a viable option for mainstream users. They do not win head-to-head feature tests. Initially, they do not even seem to be a threat.

Disruptive technologies take advantage of a new manufacturing/business process or technology to provide a cheaper, more convenient, simpler solution that meets the needs of the low end of the market. Low-end users don't need all the features in the Incumbent's product, so they rapidly adopt the simpler solution. Meanwhile, the Incumbent canvasses its mainstream customers, reassures itself that they want the feature-rich products, and dismisses the Disruptor as a niche player in an undesirable market segment. The Incumbent may dabble with the new technology or process, but only in service of its existing business model." Définition que je partage dans sa première partie, mais moins dans la seconde. Je ne suis pas certain que les premiers intéressés par ces technologies soient ce qu'il appelle les "low-end users". Ce sont plutôt les utilisateurs qui valorisent plus les possibilités qu'offrent ces nouvelles technologies que celles que proposent les plus anciennes. Pour s'en tenir à Docs, ses premiers utilisateurs sont ceux qui attachent plus de valeur à la possibilité de partager des documents ou de les stocker sur des serveurs lointains qu'à la qualité typographique du document final. La bataille se joue donc simultanément sur deux fronts :

- celui des priorités,

- celui des fonctionnalités.

Sur le second, Microsoft l'emporte aujourd'hui largement et sans discussion. On peut penser que Google Docs (et les produits similaires) va progressivement rattraper son retard, mais cela prendra du temps. C'est sur le premier que la différence peut se faire. Reste à définir ce que sont ces fonctionnalités que Google docs et que l'on ne trouve pas dans la suite bureautique de Microsoft.

Ces innovations sont, je crois, de trois sortes :

- il y a, bien sûr, d'abord, la possibilité de partager un document, de le stocker sur un serveur extérieur et de le retrouver à tout moment. C'est un avantage qui rappelle ceux qu'offraient il y a une vingtaine d'années certains systèmes d'exploitation qui permettaient de travailler en groupe sur des dossiers. Avantage utile pour tous ceux qui travaillent en groupe : les applications en ligne permettent de créer une base de données commune toujours à jour, avantage qui sera plus évident lorsque Google mettra à disposition un wiki qui permettra de travailler effectivement ensemble sur un même document ;

- il y a, ensuite, la possibilité d'exporter le documents dans différents formats. Cette possibilité est aujourd'hui limitée, mais elle pourrait demain être enrichie. Un même document peut vivre plusieurs vies : êtrte présenté comme un document Word (ou Open Office) pour l'impression ou la lecture dans une réunion, comme une note de blog, comme un fichier pour l'édition sous forme de livre, comme un texte dans un Wiki…

- il y a, enfin, la possibilité d'intégrer la production de documents et le travail sur le web, la recherche et, éventuellement, la traduction.

Cette dernière piste est aujourd'hui peu explorée, elle est cependant très prometteuse. Les deux fonctions de recherche et de rédaction qui étaient séparées sont de plus en plus liées. On écrit son texte en même temps que l'on consulte le net, pour vérifier une référence, mettre à jour un chiffre, trouver un exemple, la traduction d'un mot ou d'une phrase… et l'on prend des notes en même temps que l'on fait des recherches. Des outils comme GoogleBookmaks ou Googlenotes sont, de ce point de vue, de véritables aides à la rédaction qui permettent de retenir, commenter au fil de l'eau les documents que l'on trouve sur le web. Ces outils existent aujourd'hui (chez Google et ailleurs) sous une forme primitive, ils sont isolés, dispersés (qui sait, par exemple, que l'on peut mettre automatiquement à jour une feuille de tableur de Spreadsheet en associant une requête à une cellule?) mais on devine la puissance qu'ils auraient s'ils étaient intégrés. Ils pourraient effectivement déloger Office en se battant non pas sur le terrain de la bureautique traditionnelle, mais en allant sur celui de la création de documents, en offrant aux auteurs des outils pour préparer leurs documents, pour les travailler avant de les mettre en forme.

Technologies disruptives? Certainement. Combien de temps mettront-elles pour déloger Office? L'histoire des technologies montre que cela peut aller très vite (il a suffi, au début des années 70, de quelques mois pour que les calcultatrices électroniques remplacent les règles à calcul des ingénieurs), mais que cela peut aussi prendre des années (les technologies de reprographie traditionnelles ont très longtemps résisté à la xérocopie et n'ont pas encore disparu malgré les progrès qu'a fait celle-ci). Dans le cas qui nous intéresse, un facteur pourrait freiner le développement des suites bureautiques en ligne dans le milieu professionnel : les problèmes de confidentialité. Il n'est pas sûr que les entreprises acceptent facilement de laisser des données confidentielles aux mains d'une société étrangère, celle fut-elle particulièrement vertueuse.

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