ipad ou la privatisation de la censure
On ne parle actuellement que de l'ipad d'Apple. Les commentaires de la presse sont uniformément élogieux même si l'on devine, à lire certains papiers entre les lignes, que ce produit n'est pas sans faiblesses. Mais peu importe. On peut parier que tous les journaux vont se précipiter pour construire des applications qui leur permettront d'être lus dessus. Formidable. A ceci près que certaines informations gênent un peu. On sait qu'Apple exerce un contrôle très strict sur les applications disponibles et qu'il bloque les contenus pour adultes. Ce qui relève de la censure. Une censure qui peut avoir des effets insolites comme lorsqu'il conduit à bloquer une application qui parle de Moby Dick, le roman, parce qu'on y trouve le mot sperme (et pour cause, on appelle en anglais sperm whale les grandes baleines). Détail amusant? Sans doute. Mais comment ne pas s'inquiéter? Qui nous dit que demain Apple ne bloquera pas les applications qui critiquent trop vigoureusement ses produits? On sait que les producteurs d'applications doivent signer un accord avec Apple que l'Electronic frontier foundation vient de publier. On y découvre des clauses que l'on pourrait au mieux dire gênantes, comme celle-ci qui donne à Apple un droit de regard sur ce qui est publié avec les applications :
3.3.14 Applications may be rejected if they contain content or materials of any kind (text, graphics, images, photographs, sounds, etc.) that in Apple’s reasonable judgment may be found objectionable, for example, materials that may be considered obscene, pornographic, or defamatory.
Cela s'appelle de la censure. Une censure privée et non plus, comme autrefois, aux mains d'institutions politiques que les citoyens contrôlent. Qui nous dit que les valeurs d'Apple sont partagées par la majorité? Ce qui est confirmé avec cette autre clause :
You understand and agree that Apple may, in its sole discretion: (a) determine that Your Application does not meet all or any part of the Documentation or Program Requirements then in effect; (b) reject Your Application for distribution for any reason, even if Your Application meets the Documentation and Program Requirements; or (c) select and digitally sign Your Application for distribution via the App Store.
Difficile de faire plus fermé et plus contrôlé. C'est un peu, toutes proportions gardées comme si Microsoft avait conservé un contrôle sur toutes les applications, tous les logiciels développés sur ses systèmes d'exploitation, ce qui lui aurait permis d'interdire le développement d'applications concurrentes des siennes. Mais le plus étrange et le plus contestable est certainement cette clause :
10.4 Press Releases and Other Publicity
You may not issue any press releases or make any other public statements regarding this Agreement, its terms and conditions, or the relationship of the parties without Apple’s express prior written approval, which may be withheld at Apple’s discretion.
Cette clause est, disons le, proprement scandaleuse : elle interdit à ses partenaires de publier les accords qu'ils ont signé avec Apple : un journal pourrait, par exemple, avoir signé avec Apple un accord qui lui interdirait de publier des informations négatives sur Aple, ses produits ou ses dirigeants et ses lecteurs pourraient ne pas le savoir?
Cette fermeture est bien dans la logique d'Apple qui a toujours fonctionné de cette manière, ce qui lui a d'ailleurs valu autrefois es déboires (combien d'applications sur les Mac? combien sur les PC?). Il nous reste à attendre les tablettes ouvertes d'autres fournisseurs.
- 10.04.2010
- videoblog de GoogleManagementTV














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