Google et Platon
On entend régulièrement des gens s'inquiéter de l'impact de l'internet sur nos capacités intellectuelles, sur les connaissances, le savoir. Nous savons qu'ils ont tort de s'inquiéter, mais ils ont raison sur un point : nous ne gérons plus notre savoir de la même manière depuis qu'internet est à notre disposition. Et ce n'est probablement qu'un début. Est-ce une révolution? Pas forcément. Disons plutôt que c'est une évolution qui était depuis longtemps inscrite dans notre culture, dont la première théorie a été faite par Platon.
Imaginer que la philosophie grecque puisse nous aider à comprendre le monde du savoir dans lequel nous entrons peut paraître paradoxal. C'est bien pourtant le cas. Dans le Théètéte, un de ses dialogues les plus célèbres sur la science, la pensée, les erreurs de jugement, Socrate distingue deux sens du mot avoir :
- avoir quelque chose dont on fait usage comme lorsque je dit "j'ai un manteau" pour dire "je porte un manteau",
- avoir la possibilité de mobiliser à tout moment une chose, l'avoir sous la main comme lorsque je dis "j'ai un manteau" pour dire que j'en ai un dans mon armoire.
Dans le premier cas, on a un avoir en acte et dans le second un avoir en puissance : nous avons la possibilité de le saisir et de l'utiliser quand nous voulons. Or, ce qui est vrai d'un manteau l'est d'une connaissance que je peux mettre en oeuvre (comme lorsque je parle, je possède la connaissance de la langue française) mais que je peux aussi avoir en puissance, comme lorsque j'ai sous la main des connaissances disponibles dans une encyclopédie. Il y a donc des choses que l'on sait sans les savoir. Dit autrement, nous avons sous la main des connaissances que nous ne possédons pas. Et toute la force d'Internet est d'augmenter considérablement le volume de toutes ces connaissances que nous savons à disposition sans vraiment les posséder. Il n'y a pas de quoi s'inquiéter.
- 03.09.2009
- videoblog de GoogleManagementTV













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