A quoi bon une nouvelle loi sur le téléchargement illégal?
Le Parlement discute d'une nouvelle loi sur le téléchargement. Cette loi promet d'être, comme les précédentes, inefficace et contre-productive.
Inefficace parce qu'elle n'empêchera pas les internautes qui le souhaitent de continuer de télécharger sur des sites étrangers les musiques qu'ils souhaitent se procurer.
Contre-productive parce qu'elle va au mieux freiner la mutation des industries culturelles que le web menace. Plutôt que d'inventer de nouvelles lois, le législateur devrait réfléchir à ce qui s'est produit dans plusieurs industries culturelles. Je prendrai quatre exemples :
- celui de la musique classique contemporaine : on sait que pour des raisons multiples, son marché qui n'a jamais été très important s'est effondré il y a quelques années. Ses concerts n'attirent plus grand monde, les disques des compositeurs, même des plus connus se vendent peu. Cette musique a-t-elle disparu? Non Bien au contraire, il n'y a jamais eu autant de compositeurs et d'interprètes qui la jouent. La raison : tous ces professionnels ont trouvé une autre manière de gagner leur vie : ils sont devenus enseignants, on envahi les conservatoires dans lesquels on enseigne la composition. On peut même avancer que jamais il n'y a eu, grâce à ce nouveau modèle économique, tant de compositeurs en activité. Quand dans les années cinquante te soixante il y a avait, grâce au Domaine musical de Pierre Boulez, un public actif, intéressé, pour la musique contemporaine, les lieux où en jouer étaient pleins mais rares, la compétition était vive, la sélection sévère et ceux qui résistaient (les Boulez, Berio, Stockhausen, Kagel, Pousseur…) s'imposaient très vite. Aujourd'hui, du fait de la nouvelle économie de la musique contemporaine, la sélection est beaucoup moins sévère, les compositeurs sont plus nombreux et il est beaucoup plus difficile d'identifier ceux qui comptent.
- celui de Youtube. Ceux qui ont voulu, au début des années 2000, mettre des images animées en ligne ont découvert que l'essentiel des images disponibles étaient propriétés de quelques groupes industriels, les grands studios américains, qui n'avaient certainement pas l'intention de les mettre gratuitement à la disposition du public. Dès lors, Youtube et d'autres ont du trouver une autre solution pour se procurer des images : cela a été les images générées par les utilisateurs avec nos caméras numériques. En l'espace de quelques années, le stock d'images disponibles, diffusées gratuitement a explosé et, avec elles, sont nées d'autres comportements, d'autres modes de consommation.
- celui de Googlebooks : depuis que ce services est disponible, on découvre des milliers de livres dont on ne savait même pas qu'ils existaient. Ils étaient bien dans des bibliothèques mais qui allait les consulter? Nos éditeurs (de disques, de livres, de films) on des caves remplies d'oeuvres inaccessibles. Pourquoi nous interdire de les regarder, de les lire? Bien loin de protéger la culture, ils la limitent, ils la censurent. Si loi il devait y avoir, elle devrait inciter les propriétaires des droits à mettre à la disposition de tous les oeuvres qu'ils cachent aujourd'hui. On pourrait ainsi autoriser la bibliothèque nationale à numériser et mettre gratuitement en livre tous les livres indisponibles en librairie depuis quelques années.
- je conclurai avec une expérience personnelle : depuis que M21 a publié mon livre sur Google j'ai fait de nombreuses conférences un peu partout dans le monde. La plupart ont été organisées par les éditeurs, mais plusieurs autres me sont venues de lecteurs qui avaient trouvé le livre sur internet, qui en avaient lu gratuitement des extraits, qui l'avaient parfois acheté, qui m'avaient en tout cas demandé de venir en parler contre rémunération. Ce n'est pas trahir un secret que de dire que ces rémunérations ont excédé les droits d'auteur que j'ai pu recevoir d'un livre qui s'est, cependant, bien vendu.
Tout cela pour dire qu'à l'inverse de ce que l'on veut nous faire croire, Internet ne menace pas la création culturelle. Il demande, ce qui est tout autre chose, aux industriels de la culture d'inventer de nouveaux modèles économiques. Ce n'est pas en protégeant le modèle qui les a fait vivre ces dernières années qu'ils rendent service aux auteurs et aux lecteurs.
- 30.03.2009
- videoblog de GoogleManagementTV














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