Et maintenant, le Japon
Après l'Espagne et l'Amérique latine, les USA et la Chine, voici le Japon. Un éditeur japonais vient, en effet, d'entreprendre la traduction de Google, une révolution du management ou plutôt de la version américaine de ce livre : Google way.
Un film sur les data centers de Google
Dans un des chapitres du livre sur Google, j'indique que le secret est dans l'usiine, voulant dire par là que l'une des forces de Google est l'efficacité de ses centres de traitement. Jusqu'à présent ceux-ci étaient sinon secrets du moins invisibles. La firme de Mountain View vient de publier sur Youtube un petit film qui montre un de ces centres.
Ce film est dans la manière de Google : très simple, très direct, sans effet de communication. Il se contente de montrer combien cette entrerpise qui consomme beaucoup d'électricité (faut-il rappeler que 4% de la consommation mondiale d'électricité va à l'informatique) fait pour l'environnement. Un petit chef-d'oeuvre d'understatement d'une formidable efficacité.
A quoi bon une nouvelle loi sur le téléchargement illégal?
Le Parlement discute d'une nouvelle loi sur le téléchargement. Cette loi promet d'être, comme les précédentes, inefficace et contre-productive.
Inefficace parce qu'elle n'empêchera pas les internautes qui le souhaitent de continuer de télécharger sur des sites étrangers les musiques qu'ils souhaitent se procurer.
Contre-productive parce qu'elle va au mieux freiner la mutation des industries culturelles que le web menace. Plutôt que d'inventer de nouvelles lois, le législateur devrait réfléchir à ce qui s'est produit dans plusieurs industries culturelles. Je prendrai quatre exemples :
- celui de la musique classique contemporaine : on sait que pour des raisons multiples, son marché qui n'a jamais été très important s'est effondré il y a quelques années. Ses concerts n'attirent plus grand monde, les disques des compositeurs, même des plus connus se vendent peu. Cette musique a-t-elle disparu? Non Bien au contraire, il n'y a jamais eu autant de compositeurs et d'interprètes qui la jouent. La raison : tous ces professionnels ont trouvé une autre manière de gagner leur vie : ils sont devenus enseignants, on envahi les conservatoires dans lesquels on enseigne la composition. On peut même avancer que jamais il n'y a eu, grâce à ce nouveau modèle économique, tant de compositeurs en activité. Quand dans les années cinquante te soixante il y a avait, grâce au Domaine musical de Pierre Boulez, un public actif, intéressé, pour la musique contemporaine, les lieux où en jouer étaient pleins mais rares, la compétition était vive, la sélection sévère et ceux qui résistaient (les Boulez, Berio, Stockhausen, Kagel, Pousseur…) s'imposaient très vite. Aujourd'hui, du fait de la nouvelle économie de la musique contemporaine, la sélection est beaucoup moins sévère, les compositeurs sont plus nombreux et il est beaucoup plus difficile d'identifier ceux qui comptent.
- celui de Youtube. Ceux qui ont voulu, au début des années 2000, mettre des images animées en ligne ont découvert que l'essentiel des images disponibles étaient propriétés de quelques groupes industriels, les grands studios américains, qui n'avaient certainement pas l'intention de les mettre gratuitement à la disposition du public. Dès lors, Youtube et d'autres ont du trouver une autre solution pour se procurer des images : cela a été les images générées par les utilisateurs avec nos caméras numériques. En l'espace de quelques années, le stock d'images disponibles, diffusées gratuitement a explosé et, avec elles, sont nées d'autres comportements, d'autres modes de consommation.
- celui de Googlebooks : depuis que ce services est disponible, on découvre des milliers de livres dont on ne savait même pas qu'ils existaient. Ils étaient bien dans des bibliothèques mais qui allait les consulter? Nos éditeurs (de disques, de livres, de films) on des caves remplies d'oeuvres inaccessibles. Pourquoi nous interdire de les regarder, de les lire? Bien loin de protéger la culture, ils la limitent, ils la censurent. Si loi il devait y avoir, elle devrait inciter les propriétaires des droits à mettre à la disposition de tous les oeuvres qu'ils cachent aujourd'hui. On pourrait ainsi autoriser la bibliothèque nationale à numériser et mettre gratuitement en livre tous les livres indisponibles en librairie depuis quelques années.
- je conclurai avec une expérience personnelle : depuis que M21 a publié mon livre sur Google j'ai fait de nombreuses conférences un peu partout dans le monde. La plupart ont été organisées par les éditeurs, mais plusieurs autres me sont venues de lecteurs qui avaient trouvé le livre sur internet, qui en avaient lu gratuitement des extraits, qui l'avaient parfois acheté, qui m'avaient en tout cas demandé de venir en parler contre rémunération. Ce n'est pas trahir un secret que de dire que ces rémunérations ont excédé les droits d'auteur que j'ai pu recevoir d'un livre qui s'est, cependant, bien vendu.
Tout cela pour dire qu'à l'inverse de c (...)
Pourquoi tant de pornographie sur le web?
de s'adapter au temps qui passe"
Robert Muchembled1
L'abondance des images pornographiques sur le web est un fait abondamment documenté. Quiconque le fréquente régulièrement en a rencontré, et pas forcément pour les avoir cherchées. Les auteurs qui se sont intéressés à cette question avancent des chiffres qui donnent le vertige. 12% des sites sur le web auraient été en 2006 à caractère pornographique, 1/4 des interrogations sur les moteurs de recherche auraient, cette même année, porté sur des termes à connotation sexuelle et 72 millions d'internautes auraient, toujours en 2006, visité chaque mois un site pornographique. Ces statistiques doivent naturellement être prises avec prudence. Elles ne sont pas plus fiables que la plupart de celles sur les usages du net, mais elles ont nourri un long débat.
Les condamnations ont été nombreuses, venues de toutes parts, des ligues de vertu mais aussi des féministes pour dénoncer l'exploitation des femmes, la violence et les risques que la pornographie ferait courir à la société. Reprenant un vieil argument, ces critiques soulignent les dangers qu'une fréquentation trop assidue de l'image pornographique ferait courir à la société : à force de voir des femmes se donner sans résistance, les utilisateurs, confondant imaginaire et réel pourraient être tentés de faire de même dans leur vie2. Argument ancien utilisé au 19ème siècle contre la prostitution qui aurait, elle aussi, amené les hommes à se comporter sans retenue avec les femmes honnêtes : "La plupart (des jeunes gens qui fréquentaient les maisons de tolérance) en arrivaient à croire que la femme telle qu'ils l'avaient vue dans les lupanars était bien dans son rôle naturel ils disaient que les filles honnêtes n'étaient que des prudes, ils perdaient tout sentiment de respect pour les femmes. A quelle conséquence doit conduire cette perversion du sens moral que les hommes vont puiser dans la fréquentation des prostituées? Il en résulte qu'ils sont beaucoup plus audacieux avec les femmes honnêtes, qu'ils se permettent avec elles toutes sortes de licences et de tentatives dans la pensée qu'elles sont au fond de même nature que ces filles égarées qui, au lieu d'attendre la recherche de l'homme, courent au devant de ses caresses." Texte de féministe contemporain? Non, extrait des Annales d'Hygiène publique publiées en 1866.
L'idée que la pornographie aurait tendance à renforcer les préjugés et valeurs machistes a été développée par de nombreuses féministes. On la retrouve dans l'interview que Michela Marzano, une philosophe, a donnée au site officiel d'Isabelle Alonso : "le porno ne fait que reproduire les normes traditionnelles de la virilité. Les films pornographiques proposent un véritable "modèle" de la féminité et de la masculinité, un système qui produit un paysage où les hommes et les femmes ne sont que deux polarités complémentaires : l’activité et la passivité, la force et la jouissance, le pouvoir et la disponibilité. La femme est présentée comme "disponible" : elle est à disposition de l’usage sexuel qu’on veut en faire ; elle a toujours envie d’être "prise" ; elle ne demande qu’à être satisfaite ; elle n’est rien d’autre qu’un réc (...)
- 29.03.2009
- videoblog de GoogleManagementTV
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Un départ pour cause de trop de contrôle par les chiffres
Douglas Bowman que Google avait recrutré il y a trois ans pour prendre en charge la fonction design vient d'annoncer son départ dans son blos Il en donne ses raisons qui sont intéressantes et qui reviennent au fond à ceci : trop de confiance dans les données, les tests, les chiffres finit par être usant. Voici le texte de son blog. A lire et méditer.
Today is my last day at Google.
I started working in-house at Google almost three years ago. I built a team from scratch. I was fortunate to hire a team of a very talented designers. We introduced Visual Design as a discipline to Google. And we produced amazing work together. I’m very proud of my team, and I wish them well. They have a lot of challenging work ahead. But for me, it’s time to move on.
Do I have something else lined up? Yes. That will be covered in Part 2. So I’m not leaving just to leave. But I’m not going to sugarcoat the reasons for my departure either. The scale at which Google operates was an early attractor for me. Potential to impact millions of people? Where do I sign? Unfortunately for me, there was one small problem I didn’t see back then.
When I joined Google as its first visual designer, the company was already seven years old. Seven years is a long time to run a company without a classically trained designer. Google had plenty of designers on staff then, but most of them had backgrounds in CS or HCI. And none of them were in high-up, respected leadership positions. Without a person at (or near) the helm who thoroughly understands the principles and elements of Design, a company eventually runs out of reasons for design decisions. With every new design decision, critics cry foul. Without conviction, doubt creeps in. Instincts fail. “Is this the right move?” When a company is filled with engineers, it turns to engineering to solve problems. Reduce each decision to a simple logic problem. Remove all subjectivity and just look at the data. Data in your favor? Ok, launch it. Data shows negative effects? Back to the drawing board. And that data eventually becomes a crutch for every decision, paralyzing the company and preventing it from making any daring design decisions.
Yes, it’s true that a team at Google couldn’t decide between two blues, so they’re testing 41 shades between each blue to see which one performs better. I had a recent debate over whether a border should be 3, 4 or 5 pixels wide, and was asked to prove my case. I can’t operate in an environment like that. I’ve grown tired of debating such minuscule design decisions. There are more exciting design problems in this world to tackle.
I can’t fault Google for this reliance on data. And I can’t exactly point to financial failure or a shrinking number of users to prove it has done anything wrong. Billions of shareholder dollars are at stake. The company has millions of users around the world to please. That’s no easy task. Google has momentum, and its leadership found a path that works very well. When I joined, I thought there was potential to help the company change course in its design direction. But I learned that Google had set its course long before I arrived. Google was a massive aircraft carrier, and I was just a small dinghy trying to push it a few degrees North.
I’m thankful for the opportunity I had to work at Google. I learned more than I thought I would. I’ll miss the free food. I’ll miss the occasional massage. I’ll miss the authors, politicians, and celebrities that come to speak or perform. I’ll miss early chances to play with cool toys before they’re released to the public. Most of all, I’ll miss working with the incredibly smart and talen (...)
Le modèle Google à la Maison Blanche?
Barack Obama recrute actuellement pour son administration et parmi ses collaborateurs plusieurs viennent de chez Google dans des positions qui rappellent quelques unes des caractéristiques les plus intéressantes de cette entreprise et de son modèle de management.
Voici d'après Mary Anne Ostrom de Mercury's News (Obama's Bay Area brain trust draws from Google, Stanford, UC Berkeley) quelques uns de ces heureux élus :
Sonal Shah The White House hasn't made it official, but Google.org's Shah has e-mailed her work colleagues that she's headed to the White House as director of social innovation and civic engagement. Easiest translation for her title: social-networking maven. Obama has often promised to make the inner workings of government, and his own White House, more transparent and interactive. Shah will be part of a team, including a chief information officer and still-to-be-named chief technology officer, charged with figuring out how to integrate Web 2.0 tools into a government digital network historically hobbled by massive bureaucracy. (Cisco Systems CTO Padmasree Warrior continues to be mentioned as a top candidate for the White House CTO slot.) Then again, Shah has not shied away from tough assignments, including working on debt relief issues in Africa and rebuilding the banking system in Kosovo and Bosnia. "Tweets" from 1600 Pennsylvania Ave. could be coming soon. Katie Jacobs Stanton Stanton started work earlier this month as the nation's first ever director of citizen participation. Somehow that's different from "civic engagement" (see Sonal Shah), though the White House hasn't clarified how. A Google employee, Stanton worked on the company's Open Social Initiative and the "Moderator," a Web tool that let average Americans ask questions during the presidential debates. According to the White House Web site, citizen participation will be a priority for the administration, especially as it tries to replicate the digital successes of the campaign. Among the new administration's promises is to post all nonemergency legislation to its Web site for five days and allow the public to review and comment before the president signs it. Parmi les autres élus, on retrouve des noms de gens qui partagent les mêmes valeurs, comme Tom Kalil, de Berkeley : Google's Eric Schmidt once called Kalil "the center of the Internet revolution" when he worked for the Clinton White House. In a return engagement, Kalil, who spent most of the Bush years at the University of California-Berkeley, is joining Obama's Office of Science and Technology Policy as associate director. In that role, he gets a huge voice in steering the nation's research agenda and designing initiatives to boost math and science education. Two years ago, Kalil co-wrote a "national innovation agenda" that reads like Silicon Valley's holiday wish list. Among his suggestions was to make science and math learning more fun and calling for "new learning technologies that are as effective as a personal tutor and compelling as the best video game."
Google nous rend-il stupide? Sur la lecture sur le net
En juin 2008, le magazine américain The Atlantic a publié un article de Nicolas Carr, "Is Google making us stupid?", qui par delà la provocation, mérite qu'on s'y attarde. Internet et les moteurs de recherche qui nous permettent d'accéder aux informations qu'il contient modifieraient profondément nos méthodes de travail intellectuel et dégraderaient nos capacités cognitives. Carr n'est pas le premier à faire ce type de remarques. En 2006, Edward Tenner, un écrivain spécialisé dans la technologie attirait, dans un article du New-York Times, l'attention sur les résultats médiocres à des tests de compétences linguistiques (capacité à comprendre des textes qui leur sont soumis), résultats d'étudiants fréquentant assiduement le web.
Internet a incontestablement modifié la manière dont nous accédons à la connaissance. Il suffit de quelques rapides gestes sur un clavier pour accéder immédiatement à une quasi infinité de documents. Il a largement ouvert le champ des informations et des données sur lesquelles nous travaillons. Est-il en train de modifier nos manières de travailler? C'est probable. Nous rend-il pour autant plus stupides? On peut, je crois, en douter.
Nicolas Carr base l'essentiel de son argumentation sur le zapping qu'autorise le web. Le glissement incessant d'un document à l'autre, grâce aux liens, dégraderait nos capacités intellectuelles [Dans un registre différent, Susan Greenfield, une neuropsychologue réputée, s'est intéressée à l'impact que des réseaux sociaux comme Facebook pouvaient avoir sur notre cerveau et fait des prédictions extrêmement inquiétantes, allant jusqu'à parler de perte d'identité (voir par exemple cet article de Timeonline]. Ce faisant, il reprend et adapte à une nouvelle technologie un raisonnement que l'on a souvent appliqué à la télévision ou aux jeux vidéo. Il lui attribue une perte de son pouvoir de concentration qu'il décrit ainsi : “Over the past few years I’ve had an uncomfortable sense that someone, or something, has been tinkering with my brain, remapping the neural circuitry, reprogramming the memory. My mind isn’t going—so far as I can tell—but it’s changing. I’m not thinking the way I used to think. I can feel it most strongly when I’m reading. Immersing myself in a book or a lengthy article used to be easy. My mind would get caught up in the narrative or the turns of the argument, and I’d spend hours strolling through long stretches of prose. That’s rarely the case anymore. Now my concentration often starts to drift after two or three pages. I get fidgety, lose the thread, begin looking for something else to do. I feel as if I’m always dragging my wayward brain back to the text. The deep reading that used to come naturally has become a struggle." (…) "What the Net seems to be doing is chipping away my capacity for con (...)
Exhibitionnistes ou inventeurs de nouvelles normes?
Thierry Maillet attire mon attention dans son blog (Sommes nous impudiques ou suivons nous la technologie?) sur un papier très intéressant de Dominique Cardon (Pourquoi sommes-nous si impudiques?). Son post et ce papier insistent sur cet apparent paradoxe : nous n'avons jamais été aussi attentifs à la protection de nos données privées alors que nous n'avons jamais été plus exhibitionnistes, comme en témoignent nos comportements sur Facebook, Twitter…
Thierry Maillet pense que nous sommes surtout soumis à la nouveauté. Dominique Cadon si'nterroge lui, plutôt, sur cette notion même de domaine privé. La distinction public/privé est-elle vraiment pertinente? Ne sommes-nous pas plutôt, sur le web, dans une espèce de clair-obscur où le privé et le public se mêlent. Il conclue sur la notion d'exploration qui est sans doute la piste la plus intéressante. Ces technologies sont nouvelles, tout comme les espaces qu'elles créent. Or qui dit nouveauté dit absence de normes, nous ne savons pas encore comment il convient de se comporter dans ces sociétés virtuelles, ce qui nous ouvre des espaces de liberté où chacun peut inventer. Espaces que l'on investit pour échapper à ce qui nous contraint ailleurs, notamment à ces "rôles" dans lesquels nous enferment la vie en société. Sur Facebook et ailleurs, nous pouvons (mais pour combien de temps?) reconquérir notre moi dans sa diversité et sa richesse : nous sommes toujours plus que ce les autres nous pensent. Et comme nous sommes, sur ces sites, tous un peu pionniers, nous y avons l'arrogance, la liberté, l'insouciance de l'adolescent qui échappe au regard de ses maîtres.
Naturellement, ces comportements que nous adoptons sur le web ont des répercussions sur ceux que nous avons dans la société "réelle" (disons plutôt ordinaire) comme le montre bien la très belle définition que donne Anne-Marie Paucot de la "beetic" (un ou une serial lover qui, à force de chasser l’amour sur les sites de rencontres, est devenu une vraie bête du sexe et de la relation amoureuse) dans son excellent dictionnaire du futur. Cette confusion du public et du privé devrait à terme avoir un impact sur nos comportements. Nous ferons un tri et nous inventerons de nouvelles normes. Mais en attendant, c'est la liberté qui prime.
En savoir plus sur la qualité de la connexion
Lorsqe la connexion à internet se dégrade, que les réponses de réponse s'allongent, on ne sait, en général, à qui l'attribuer, au PC, au navigateur, à la connexion, aux serveurs à l'autre bout de la ligne… C'est une question délicate et difficile qui n'est pas nouvelle (c'est un problème majeur de la gestion des réseaux en entreprise) qui pourrait trouver des éléments de solution dans un avenir assez proche. Google vient, en effet, d'annoncer la mise à disposition des chercheurs une trentaine de serveurs aux Etats-Unis et en Europe pour effectuer des mesures. Les résultats seront publiés, ce qui devrait permettre aux chercheurs de développer des outils pour mieux identifier l'origine des ralentissements, condition nécessiare pour pouvoir plus rapidement les traiter.
A qui appartiennent les données médicales?
Le blog Public Pollicy de Google vient de publier un post (Consumer watchdog wrong on medical record claim) pour protester contre une rumeur selon laquelle le moteur de recherche chercherait à obtenir des pouvoirs publics la possibilité de vendre des données médicales. Rumeurs totalement infondées répond de manière très ferme Google. Et sans doute cette rumeur est-elle infondée, reste qu'elle attire le regard sur une question difficile : à qui appartiennent les données médicales d'un patient? on aimerait répondre : au patient. Mais est-ce bien le cas? Lorsque l'on est à l'hôpital et que l'on doit se déplacer pour un examen avec son dossier, on ne peut le faire seul, il faut être accompagné d'un soignant (c'est en tout cas ce qui m'est arrivé il y a quelques semaines à la Pitié Salpétrière). Il y a quelques années, ayant dû subir une opération un peu délicate j'avais été mis en ALD (affection longue durée qui permet un remboursement à 100%). Demandant quelques semaines plus tard un emprunt à ma banque, il m'a été refusé, la compagnie d'assurances refusant de garantir le prêt pour "raisons médicales" : je présentais un risque trop important. Lorsque j'ai voulu en savoir plus, le médecin de la compagnie d'assurances m'a répondu que ces informations (celles sur ma santé, naturellement) étaient confidentielles (sic).
La question semble en fait très compliquée et embrouillée, comme le suggère la lecture de ce papier de Mecost : Qui est propriétaire du dossier médical informatisé? Il semble, d'après ce papier qu'il faille distinguer la structure de ce dossier et son contenu. C'est ce dernier qui nous intéresse, et cependant :
"Les données contenues dans le dossier médical ont été recueillies généralement soit directement auprès du patient, soit à l'occasion des prestations de soins qui lui ont été délivrées au sein de l'établissement de soins ou par un médecin de ville. La loi du 1er juillet 1998 accorde la propriété du contenu d'une base de données au "producteur" de cette base. Autrement dit à la personne qui a pris l'initiative et le risque des investissements matériels, financiers ou humains correspondant à la présentation, à la vérification ou à la constitution de la base de données. Le producteur dispose alors du droit d'interdire l'extraction d'une partie qualitativement ou quantitativement substantielle des données de la base de données, sans pouvoir s'opposer à une extraction non substantielle, ou à des fins privées.
Mais la question reste entière. En effet, qui peut être considéré comme prenant l'initiative et les risques d'investissements ? L'opérateur qui investit au titre de la mise en œuvre de la plate-forme de gestion des dossiers médicaux ? L'établissement de santé ou le praticien qui acquiert auprès d'un prestataire ou d'un éditeur un système de gestion des dossiers médicaux ? Les praticiens qui enrichissent le dossier médical ? Après la réforme, le patient qui versera un prix à un opérateur intermédiaire au titre de la prestation de gestion sécurisée de son dossier médical ? La réponse est délicate. La jurisprudence ne permet pas aujourd'hui de définir précisément la notion de "producteur" et de propriétaire des dossiers. (...)
La puissance de la langue et de notre invention linguistique
Je viens, pour en finir avec la préparation de l'édition américaine de mon livre sur Google, de vérifier toutes les citations, travail un peu fastidieux qui m'a cependant permis de faire quelques découvertes. Pour retrouver rapidement les citations, j'en prenais les premiers mots qui étaient souvent un peu banal. Pour ne citer qu'un exemple, une citation de Bill Gates commençait par "well, I have a meeting with our people doing search". Genre de phrase que n'importe qui aurait pu prononcer. Or, non seulement Google retrouva tout de suite la citation (mais cela nous le savons), mais j'ai été surpris de deux choses :
- l'absence de bruit : toutes les références données par Google étaient pertinentes et renvoyaient au texte de Gates. On aurait pu imaginer que d'autres auraient prononcé cette même phrase. Et bien, ce n'est pas le cas ;
- la très faible redoncance : cette phrase n'a apparemment été reprise que 8 fois sur le net, ce qui est peu.
Ce n'est pas une exception, je l'ai vérifié sur plusieurs phrases aussi insignifiantes. Ce qui montre la puissance de notre langue et nos capacités à l'utiliser, car des phrases comparables ayant le même sens, on doit en trouver des milliers sur le net. Peut-être est-ce qui explique la faiblesse des outils de traduction.
Cela devrait, par ailleurs, permettre de rapidement retrouver et identifier les plagiaires les plus maladroits. Je crois me souvenir que Page et Brin avaient, à leurs débuts, imaginé un outil qui permettait de comparer des textes et de rechercher ceux qui avaient copié des textes sans citer leur auteur. Il est évidemment plus difficile de retrouver les plagiaires un peu plus atucieux qui réécrivent le passage qu'ils empruntent.
La trés faible redondance est également à noter. Elle va un peu à l'encontre de ce que l'on dit en général et est plutôt une bonne nouvelle pour tous les moteurs de recherche.
Le sexe en juillet et en décembre
Google a un bel outil, Google Insights for search, qui donne des statistiques sur les recherches que nous faisons les uns et les autres. Outil issu de Google trends, qui est encore peu utilisé mais qui mriterait de l'être plus par tous ceux qui s'intéressent aux tendances de la société, aux évolutions de l'opinion, à ce qui nous intérsse au jour le jour. On y a, parfois des surprises, comme lorsque l'on interroge avec le mot sex (en anglais, attention à la langue) et que l'on découvre une certaine saisonnalité. le mot est plus recherché en juillet et en décembre que le reste de l'année. Pourquoi? Un sexologue pourait peut-être nous expliquer. Voici en tout cas la courbe :
Mais d'autres interrogationsn ous renvoient à une actualité moins sexy. Il parait que les commerçants anglais ont rarement connu des soldes aussi peu fructueuses : les magasins de Londres sont, me dit-on, remplis de vêtements à prix cassés dans toutes les tailles. Ce graphique l'explique peut-être. On y voit que rarement on aura aussi peu recherché les "sales" sur internet, ce qui est un signe de la profondeur de la crise financière outre-manche : non seulement, les commerces n'ont rien vendu au dernier trimestre, mais les consommateurs ne se précipitent même plus sur les soldes tant ils sont inquiets pour l'avenir.
On peut ainsi continuer ses recherches et découvrir des questions sérieuses et des énigmes (comme cette recrudescence de recherches sur le sex en juillet et en décembre).
Le censure, le web et le search
Lauren Weinstein annonce, dans son forum qu'il travaille sur un papier sur la censure du web. Papier qui développe une idée originale et intéressante. Faute de pouvoir contrôler les sites web, les Etats qui souhaitent contrôler le web, interviendraient directement sur les moteurs de recherche. C'est ce qui expliquerait les attaques du gouvernement chinois contre Google. Thèse hardie, mais sans doute pertinente : sans moteur de recherche, les blogs ou autres sites contestaires sont inaccessibles, donc inutiles. Sauf, bien sûr, que rien n'interdit de se communiquer les adresses de bouche à oreille, comme au bon vieux temps, mais justement ce serait nous renvoyer au bon vieux temp.
Un modèle managérial résistant à la crise
Malo me fait remarquer que je n'aborde pas dans le papier sur Google et la crise, la question centrale, celle de la résistance du modèle managérial de Google à la récession. Question que l'on pourrait reformuler de la manière suivante : ce modèle managérial, s'il ne permet pas d'échapper la crise, permet-il du moins de mieux la gérer? Pour que ce soit le cas, il faut qu'il permette :
- d'anticiper la crise, de la deviner avant qu'elle n'apparaisse, mais aussi d’anticiper sa fin,
- d'adapter rapidement l'offre à la demande changeante des utilisateurs dans ces périodes difficiles,
d'ajuster rapidement la taille et l'organisation de l'entreprise aux conditions nouvelles,
de réduire l’impact de ces révisions de structures (réduction d’effectifs) sur le morale des salariés et leur productivité.
La sortie de crise nous dira ce qu'il en est, mais la réponse devrait être sur ces quatre points positive.
Lorsque l'on veut anticiper une crise, on regarde en général du coté des indicateurs économiques et boursiers (taux d’intérêt, cours de la bourse, agrégats monétaires). Google dispose d'un outil complémentaire, sans doute plus fin et meilleur prédicteur : les questions que les agents économiques se posent et auxquelles ils vont chercher des réponses dans un moteur de recherche. Si l'on fait une recherche sur les saisies d’hypothèques ("home foreclosures") avec Googletrends, on découvre que les recherches sur ces deux termes qui renvoient directement aux difficultés du marché immobilier ont augmenté très rapidement dès la fin 2006, avant que la crainte d'une récession ne saisisse le public (comme le montre la comparaison avec les données sur récession dont la courbe indique la gravité de la crise) mais aussi et surtout bien avant la chute des cours de la bourse. Il est, d'ailleurs, amusant (ou plutôt significatif puisque ce sont les plus pauvres, souvent les moins bien éduqués qui sont les premiers touchés) de voir que cette tendance se confirme si l'on fait la même recherche avec une faute d'orthographe. On remarquera que les demandes sur ces deux termes ont augmenté avant même que les journaux en aient parlé.
Les recherches sur les saisies hypothécaires avec une faute d'orthographe
(...)
Google et la crise
Série de 2 articles sur Google et la crise. Lire aussi : Un modèle managérial résistant à la crise.
La crise que traverse, depuis la mi 2007, l'économie de tous les pays développés, donne l'occasion de s'interroger la résistance du modèle Google à des récessions comme en connait très régulièrement l'économie capitaliste. On se souvient, pour ne prendre que les plus récentes, de celles du début des années 90 et du début des années 2000. Mais il y en eut bien d'autres, depuis le milieu des années trente, le NBR qui garde trace de ces événements en a recensé aux seuls Etats-Unis, une douzaine.
Ces crises sont plus ou moins graves et profondes, mais toutes partagent quelques traits :
- destruction de valeurs boursières, avec la chute brutale du cours des actions,
- disparition des entreprises les moins compétitives,
- contraction des dépenses1 qui ne produisent un retour immédiat : réduction des investissements, diminutions des budgets des services de publicité et de recherche et développement,
- restructuration des entreprises qui recherchent des gains de productivité,
- développement de stratégies défensives, comme les baisses des prix, qui fragilisent les entreprises les plus fragiles.
On observe dans les plus profondes de ces crises un phénomène de prédiction auto-réalisatrice : pour mieux se protéger, les entreprises réduisent leurs investissements, leurs effectifs, ce qui favorise le chômage ; pour maintenir leur chiffre d'affaires, elles cassent leurs prix, ce qui aggrave les difficultés de leurs concurrents plus fragiles de leurs concurrent. Toutes ces mesures tendent à prolonger la récession. Ces crises sont également l'occasion de la mise en oeuvre du processus de destruction créatrice décrit par Schumpeter. Plus elles sont longues, plus elles favorisent le changement, tant dans les comportements des consommateurs que dans l'offre des entreprises. A la sortie de la crise, le paysage est en général très différent2. Cette sortie de crise ne sera pas de ce point de vue différente des autres.
Moins d'innovations : moins de concurrents
L'une des premières victimes des crises financières est l'innovation. Dans les périodes de récession, les entreprise réduisent les dépenses qui ne produisent pas rapidement des retours et cela concerne, en premier lieu, les dépenses de R&D qu'elles réorientent quand elles ne les suppriment pas vers les recherche d'amélioration de procédés qui apportent des gains de productivité.
On observe très nettement cette réduction des dépenses dans les statistiques des dépôts de brevets de au tout début de la décennie 90.
Dès 1991, le nombre de dépôts de brevets (...)

















