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KM vs Social Media : la guerre qui s'annonce (sera douce)

 

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Photo DamonAbnormal - Licence CC

Un article consacré aux rapports entre le KM et les technologies issues du web 2.0 pour l'entreprise déclenche actuellement de nombreuses réactions Outre-Manche. Je dis actuellement mais cela dure depuis presque un mois et demi maintenant. J'ai d'ailleurs un peu de mal à comprendre que la blogosphère KM francophone (ou la sphère tout court) ne l'ait pas déjà relayé. Aucun linkback sur Google ou Technorati! Bizarre, à moins que ce ne soit une simple confirmation de la thèse avancée par Venkatesh Rao.
De quoi s'agit-il?
Le 28 septembre ce chroniqueur du blog Enterprise 2.0 , publie un billet au titre accrocheur : Social Media VS Knowledge Management, a generational war.
Son propos est le suivant : le KM et les social medias, c'est à dire les applications d'entreprise issues du web 2.0, sont actuellement en guerre. Ils semblent tellement similaires que même les protagonistes des deux camps pensent qu'ils poursuivent les mêmes objectifs, et pourtant ce n'est selon lui pas le cas.
Cette guerre viendrait tout simplement du fait que le KM a été conçu par la génération des baby-boomers comme quelquechose de top-down au moment ou elle se rapprochait des postes de direction. De l'autre côté les médias sociaux sont une création de la génération millenium/Y, et cela entraîne d'iportantes différences dans la manière dont ils répondent au problème de la gestion des connaissances. Venkatesh Rao s'appuie pour cette démonstration sur l'ouvrage de Rob Salkowitz, Generation Blend, managing across the technology age, dont il détaille (de manière légèrement provocatrice) les points-clés (ici résumés) :

  1. La génération X, qui se situe entre les deux, est pour l'instant assez neutre. Elle constitue l'avant-garde du KM classique mais nombre de ses membres sont aussi des porteurs du mouvement bottom-up (notamment les dirigeants des startups 2.0, cf. le billet "Les digital natives inventent le web qui leur ressemble"). Aux Etats-Unis, cette génération de 51 millions de personnes est coincée entre 78 millions de boomers et 80 millions de milleniums et saura, d'après l'auteur de l'article, faire le bon choix en temps voulu (pas difficile).
  2. Le KM est en rapport avec l'idéologie, les médias sociaux avec le plaisir de bâtir.
  3. Les boomers ne sont pas vraiment interessés par l'ingénierie et la complexité organisationnelle alors que les milleniums sont nés dedans.
  4. Les milleniums n'essaient pas vraiment de comprendre le monde, "They seem happy understanding and working with their piece of the puzzle, trusting that the larger body politic will be manifesting and working according to a reasonable understanding of the world".
  5. Les boomers s'expriment par des mots, les X et les milleniums par des actions.

Ventakesh Rao détaille ensuite les 5 dimensions technologiques de la guerre qu'il perçoit.

  1. la recherche d'expertise n'est pas ce qui fait la valeur des médias sociaux. D'après lui c'est une fixation des boomers qui aiment l'autorité et traînent la nostalgie du leader d'opinion. Les milleniums voient plutôt l'expertise comme quelquechose de lié à un contexte, ils sont assez égalitaristes, chacun peut à un moment donné être expert.
  2. les communautés en ligne actuelles ne sont pas du Usenet 3.0. Les modes communautaires ont évolué avec les 3 générations. Facebook correspond au modèle des milleniums, peu structuré et ouvert, en opposition avec le modèle du Usenet au contenu hyperstructuré à l'accès relativement contrôlé.
  3. le RSS et les mashups sont plutôt génération X, motivés par la besoin de réutiliser le code (argument que je trouve assez peu clair d'ailleurs).
  4. le web sémantique, né dans la même mouvance que le KM, n'est pas le prochain web mais plutôt le signe de la fin d'une époque. C'est la "revanche" des boomers pour imposer leur vision du monde et la refléter dans la structuration du contenu (ontologies et vocabulaire contrôlé).
  5. SOA et SaaS reflètent la vision du monde d'une génération X qui tente de s'approprier la complexité de manière pragmatique. La notion assez métaphorique de "cloud" est au contraire très millenium.

Comment se finira cette guerre? Pas difficile à prévoir selon lui : le KM mourra de sa belle mort lorsque le dernier boomer Chief Knowledge Officer prendra sa retraite, il n'est d'ailleurs pas le seul à penser cela puisque Dave Snowden et Larry Prusak disaient à peu près la même chose en août dernier (Le KM est-il mort?). Selon lui il ne s'agira toutefois pas d'une victoire par défaut, mais plutôt de la meilleure idée, celle d'un "Social Media, force organique, protéiforme et créative" contre un "KM, structure fragile, mécanique, anxieuse, en proie à la peur".

Bien sûr l'auteur en fait un peu trop et reconnaît d'ailleurs aimer la provocation, bien sûr la vision générationnelle sur laquelle il s'appuie est un peu schématique, évidemment on peut être un X, voir un boomer et comprendre les enjeux des technologies 2.0 (en tout cas en avoir l'impression :-), il n'en reste pas moins que le discours de Rao interpelle et devrait faire réfléchir tous ceux qui actuellement "font du KM" dans les organisations ou de la recherche dans cette discipline, car leurs champs d'action respectifs pourraient bien se transformer radicalement dans les 10 ans à venir.
N'oublions pas qu'en France les derniers baby-boomers seront à la retraite vers 2020... Pas si loin.

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Average: 5 (2 votes)
13 novembre, 2008 - 10:26

Je pense que Venkatesh Rao a entièrement raison. Et pourquoi pas après tout? Pourquoi garder une façon de travailler si elle peut être remplacée par quelque chose que les utilisateurs vont pouvoir utiliser de manière plus intuitive? Car c'est la à mon sens l'avantage des plateformes sociales d'entreprise, la facilite d'utilisation et d'intégration dans le workflow quotidien des gens ... Le fait que les solutions de KM aient couté si cher a mettre en place ne justifie pas de les garder a tout prix. Je crois que ce qui se passe, c'est que les Knowledge Manager ont peur de lâcher le morceau. Leur poste n'existe que de par le fait que les solutions de KM sont généralement un peu compliquées et qu'il faut qqn pour en être le spécialiste (je généralise très fort, mais c'est pour faire court). La solution? Qu'ils se transforment en Community Manager ... (qui du reste est ce qu'ils auraient déjà du être depuis longtemps car le KM ne vit que par l'apport de matériel de la part de la communauté).

Portrait de Phileas
Phileas
13 novembre, 2008 - 17:14

Les technologies 2.0 sont donc subversives. Alors que les premières démarches visaient la réappropriation de ces connaissances développées à l’insu de l’entreprise, les technologies « sociales » postulent à un partage du pouvoir de décision et de prescription. Les forces conservatrices seront effectivement plus importantes du côté des baby-boomer, mais même s’il faut attendre le départ du dernier poilu en 2020, la révolution tant attendue se réalisera. Alléluia !

Cela fait plus de 10 ans maintenant que l’idée d’une gestion uniquement centralisée n’est pas très pertinente. Le succès du thème des communautés ne doit rien à la révolution 2.0. Il me semble que nous allons - encore - un peu vite en besogne et que l’on risque de jeter le bébé avec l’eau du bain. Si par bonheur les techno 2.0 prennent place dans les organisations, on va vite se rendre compte que l’efficacité de cette démocratie participative nécessite un soupçon de centralisation et rationalisation tant des connaissances que des relations. Les sceptiques chercheront à débusquer le conservateur qui se cache en moi. Je les invite à étudier les retours d’expérience dans la gestion des fameuse COP et notamment le concept de réification.

Je prends le pari d’un discours moins manichéen dans quelques années. Le KM est peut-être mort, mais son squelette bouge encore.

Portrait de Anonyme
Anonyme
27 novembre, 2008 - 23:29

Elles me sont fort utiles et me confortent dans mon impression : mettre au point une plate forme participative inernationale pour transformer des adhérents à un réseau professionnel en contributeurs actifs... Je n'ai pas fini de me creuser la cervelle... Néanmoins, il faut effectivement un ou des moteurs humains pour que ces professionnels échangent, partagent et créent aussi. Même quand la demande de plancher sur un thème particulier vient du réseau, c'est comme une volonté émotive et éphémère qui demande un suivi immédiat et des outils simples. Google docs par exemple convenait à des étudiantes pour travailler conjointement sur un document. Par contre, avec des soignants dans la quarantaine, ça n'a jamais accroché...

Mais je sens qu'en venant de temps à autre par ici, je vais certainement glaner des informations fort utiles !

 

Cordialement

 

Emmanuelle 

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